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"Cela deviendra un rêve qui a été brisé" : au Sénégal, la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers en France est une tragédie

Pour les étudiants à l'université de Dakar, cette mesure apparaît brutale et en totale contradiction avec les moyens des familles sénégalaises.

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Un étudiant sénégalais devant un ordinateur à l\'université de Dakar.
Un étudiant sénégalais devant un ordinateur à l'université de Dakar. (SEYLLOU DIALLO / AFP)

Au Sénégal, les étudiants qui veulent partir en France sont inquiets. Les frais d’inscription dans les universités françaises pour les étudiants étrangers ont été multipliés par seize. Or, un sur deux est Africain. L’annonce a été faite par le premier ministre français Edouard Philippe, lundi 19 novembre.

Mon niveau de vie ou bien ma situation économique ne va pas pouvoir me permettre de faire ça.

Fatoumata Barry
étudiante sénégalaise

à franceinfo

Dans les universités sénégalaises, la mesure a de quoi décourager les étudiants qui souhaitent poursuivre leur cursus en France. Sur le campus universitaire de Dakar, l'annonce ne passe pas. Pour une inscription en master, il faudra compter désormais 3 770 euros contre 243 actuellement. Une année de licence passe, quant à elle, de 170 à 2 770 euros. La mesure apparaît brutale et en totale contradiction avec les moyens des familles sénégalaises.

Des études en France, Farba Niane "n'y pense même pas". Cet étudiant en licence est "découragé" et "étonné aussi". Il souhaitait venir en France en 2019 pour son master comme Fatoumata Barry, également étudiante en licence. Mais, avec la nouvelle mesure, ils ont renoncé à leur projet. "Cela deviendra un rêve qui a été brisé pour un bon nombre d'étudiants. Maintenant avec cette augmentation, je ne pense pas pouvoir en bénéficier. C'est mon cas et je sais que c'est le cas de beaucoup de personnes. Voilà !", explique Fatoumata Barry.

Un argument qui ne convainc pas

Pour le premier ministre Edouard Philippe, il s'agit avant tout d’améliorer l’attractivité des facultés françaises et les conditions d’accueil. Cet argument, les étudiants l’ont lu dans la presse locale. Toutefois, cela est loin de les convaincre. Steven Sene  avance une autre raison. Pour le président de l’amicale des étudiants du campus, "c'est un moyen pour tout simplement limiter l'arrivée des Africains en masse en France".

Du côté des autorités françaises, à l’ambassade, il n'y a pas de précisions concrètes à propos des mesures compensatoires prévues. Ce qui est sûr, c’est que l’accompagnement de chaque candidat sera renforcé. Ensuite Edouard Philippe a promis de doubler le nombre de bourses. Cela donnerait environ 15 000 exonération des frais d’inscription en 2019 pour tous les étudiants étrangers qui seront accueillis dans l’Hexagone. Sachant qu’au Sénégal, 10 000 jeunes sont partis étudier en France l’an dernier. À voir s’ils seront autant à la rentrée prochaine.

Une mesure jugée discriminatoire par certains étudiants, mais qui n'est pas partagé par le gouvernement du Sénégal. Le ministre de l'Éducation nationale ne partage pas l’amertume des candidats au départ : "C’est aux étudiants Sénégalais de s’adapter. La France est un pays souverain." Ce sont ses mots. Mais pour les étudiants, venir en France est le signe d’un cursus universitaire accompli. Un diplôme français par exemple fait encore toute la différence sur un CV aujourd’hui pour les recruteurs dans les entreprises du pays, même si les diplômes sénégalais et français sont théoriquement équivalents.

Un étudiant sénégalais devant un ordinateur à l\'université de Dakar.
Un étudiant sénégalais devant un ordinateur à l'université de Dakar. (SEYLLOU DIALLO / AFP)