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Aux États-Unis, la langue des indiens Cherokee menacée d’extinction par le Covid

La pandémie a fait 450 000 morts dans le pays. Parmi eux, des indiens Cherokee, dont une trentaine des derniers à encore parler la langue. Quand ils partent, une partie de la culture de la tribu disparaît avec eux.

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Un indien Cherokee prie la mère Terre et le grand-père Ciel devant le Capitole à Washington, le 21 septembre 2004.
Un indien Cherokee prie la mère Terre et le grand-père Ciel devant le Capitole à Washington, le 21 septembre 2004. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

La nation cherokee compte 385 000 membres. Beaucoup d’entre eux vivent dans l’Oklahoma où ils ont dû s’exiler, chassés par les colons sur la côte est des États-Unis. Aujourd’hui, on estime à 2 000 seulement le nombre de personnes qui parlent couramment la langue ou qui ont grandi avec. Or le Covid-19 en a déjà tué au moins 30.

La langue cherokee, extrait d’un documentaire de Voices of North Carolina.

Ces 2 000 locuteurs ont en moyenne 67 ans et sont donc dans les catégories d’âge menacées par le Covid-19. Chuck Hoskin Jr, le chef de la nation cherokee, ne parle pas la langue. Mais il espère bien être le dernier chef dans cette situation. Avant la pandémie, il avait lancé plusieurs programmes pour la faire revivre.

"Tous nos programmes étaient en cours quand le Covid a frappé, menaçant encore plus une langue déjà en voie d’extinction. C’est une course contre la montre. Quand ces locuteurs vieillissent et meurent, nous perdons des gens précieux. Alors nous créons des opportunités de parler cherokee parce que si une langue ne sert pas, il est difficile de le sauver", explique Chuck Hoskin Jr.

Pour protéger ses anciens, la nation cherokee les a vaccinés en priorité

La priorité à la vaccination a effectivement été donnée aux anciens et aux personnels de santé. 1 000 locuteurs ont été vaccinés jusqu’ici. C'est d’autant plus important qu’ils donnent l’exemple. Parce que, les Amérindiens, comme les Afro-Américains, ont longtemps été victimes de discrimination, y compris de la part du corps médical, cela a généré une certaine méfiance.

Quand les gens ont vu qu’ils avaient été vaccinés, qu’ils étaient heureux d’être protégés, ça a fait beaucoup d’effet à nos membres.

Chuck Hoskin Jr, chef de la nation cherokee

à franceinfo

"Leurs enfants, leurs petits-enfants ou eux-mêmes ont partagé l’histoire de leur vaccination, explique le chef Hoskin. Et le meilleur porte-parole du vaccin, ce n’est pas moi, le chef de la nation cherokee mais tous ces anciens et ces locuteurs qui sont vénérés par notre communauté. Nous allons nous servir de cet enthousiasme, de cet optimisme, de cette confiance pour vacciner le plus grand nombre. Au final, nous aurons une dette immense vis-à-vis de ces anciens Cherokees qui ont fait le premier pas, qui se sont fait vacciner et qui nous ont montré à tous que c’était la bonne chose à faire."

Cette protection offerte aux anciens va au-delà de la vaccination. Il y a un peu moins d’un an, la nation a fermé ses casinos, sa principale source de revenus, pour des raisons sanitaires. La nourriture de ces casinos a été distribuée aux aînés, pour qu’ils n’aient pas à sortir de chez eux. Il s'agit de la plus grande aide alimentaire d’urgence dans l’histoire des Cherokees, selon le chef Hoskin. En plus, cette nourriture a été distribuée par de jeunes traducteurs, qui ont pu expliquer aux anciens, dans la langue cherokee, les consignes à suivre pour faire face au Covid.

Un indien Cherokee prie la mère Terre et le grand-père Ciel devant le Capitole à Washington, le 21 septembre 2004.
Un indien Cherokee prie la mère Terre et le grand-père Ciel devant le Capitole à Washington, le 21 septembre 2004. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)