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Au Royaume-Uni, le gouvernement reprend au privé la gestion de la prison de Birmingham, jugée "épouvantable"

La prison de Birmingham était gérée depuis 2011 par une entreprise privée. Cette décision relance le débat sur la privatisation de certains services publics. 

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La prison de Birmingham, au Royaume-Uni.
La prison de Birmingham, au Royaume-Uni. (OLI SCARFF / AFP)

Le gouvernement britannique a décidé lundi 20 août de reprendre la gestion de la prison de Birmingham, dans le centre de l'Angleterre, qui était jusque-là assurée par une société privée. Cette dernière, l'entreprise G4S, est accusée d'avoir négligé le bien-être des détenus et des employés. 

Le ministère de la Justice a qualifié la gestion de cet établissement d'"épouvantable". Cette prison, qui accueille 1 269 détenus, a été inspectée au début du mois d'août 2018 et le rapport est accablant. Des rats et des cafards se promènent dans les cellules, des couloirs sont maculés de vomi et de sang, des surveillants qui ne savent parfois pas où se trouvent les détenus et de la contrebande introduite dans le bâtiment grâce à des drones.

Misère et violence

Peter Clarke, le chef inspecteur des prisons, dit n'avoir "jamais vu un établissement pénitentiaire dans un tel état" de toute sa carrière. "La misère, la saleté, l'air lourd et l'odeur de la drogue, un environnement totalement délabré, un sentiment de grande instabilité, le sentiment qu'à tout moment la violence pourrait éclater et d'ailleurs la prison était extrêmement violente, a-t-il expliqué à la BBC. Mettez tout cela ensemble et ce que vous avez, c'est un établissement qui ne pourrait atteindre aucun des objectifs de l'emprisonnement."

Le gouvernement a donc décidé de reprendre le contrôle de cette prison pour au moins six mois, avant peut-être de renégocier la délégation. Il met fin au contrat signé pour 15 ans avec la société G4S huit ans avant son terme.

Débat sur la privatisation des services publics

Cette histoire a choqué au Royaume-Uni. Elle fait s'interroger de plus en plus de Britanniques sur la privatisation de la gestion des prisons et, plus généralement, de certains services publics. Sur les 123 prisons que compte le Royaume-Uni, 18 sont gérées par le privé. Cette sous-traitance de la gestion quotidienne des établissements pénitentiaires a été introduite dans les années 1990.

Ceux qui défendent ce système estiment qu’il permet de réaliser des économies. Entre 2010 et 2017, les dépenses publiques consacrées aux prisons ont diminué de 22 %, et le personnel pénitentiaire a été réduit de 27 %. Mais le nombre de détenus, lui, ne baisse pas. On se retrouve donc avec une surpopulation carcérale et des surveillants en sous-effectif.

Le groupe G4S, qui est mis en cause dans la gestion de la prison de Birmingham, a pourtant dégagé un énorme bénéfice au premier semestre de cette année. Au premier semestre 2018, le groupe G4S a réalisé un chiffre d'affaires de 3,67 milliards de livres (4,10 milliards d'euros), et dégagé un bénéfice avant impôts de 139 millions de livres (155 millions d'euros).

Ceux qui critiquent la privatisation des prisons affirment donc que ces entreprises placent leurs profits avant la sécurité du personnel et des détenus. Et c’est un débat qui ne se limite pas seulement au système carcéral. Le secteur ferroviaire est également concerné. En mai, l’État avait retiré la franchise de l’entreprise Virgin Trains East Coast, incapable de rentrer dans ses frais, relançant la question de la renationalisation du rail britannique.

La prison de Birmingham, au Royaume-Uni.
La prison de Birmingham, au Royaume-Uni. (OLI SCARFF / AFP)