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Au Liban, le tabac explose chez les jeunes, qui fument de plus en plus tôt

Chez les 13-15 ans, on compte près de 40% de fumeurs de cigarette ou de narguilé, et les jeunes libanais commencent à fumer autour de 11 ou 12 ans. 

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Les jeunes libanais fument notamment du narguilé, considéré dans le pays comme un élément culturel.
Les jeunes libanais fument notamment du narguilé, considéré dans le pays comme un élément culturel. (JOSEPH EID / AFP)

Plusieurs études montrent qu’en dix ans, le nombre de fumeurs de moins de 18 ans a bondi au Liban. Un jeune sur trois fume aujourd’hui dans le pays, contre un jeune sur quatre il y a une décennie. Chez les 13-15 ans, on compte même près de 40% de fumeurs de cigarette ou de narguilé.

Et cette augmentation vertigineuse s’accompagne d’une autre tendance : l’âge auquel on commence à fumer. Il était de 13 à 14 ans il y a quelques années, il est maintenant de 11 ou 12 ans. Un tabagisme de plus en plus précoce qui est accentué par l’exposition au tabac. Près de 70% des élèves libanais sont exposés à la cigarette dans leur maison et dans les lieux publics et 50% le sont à la fumée du narguilé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà alerté sur le sujet en parlant "de l'une des plus grandes menaces de santé publique".

Forte consommation du narguilé, considéré comme un élément culturel

Une loi a été adoptée en 2011 mais sans aucun impact sur les jeunes. Si les paquets de cigarettes portent une mention avertissant sur les risques, les commerçants ne contrôlent jamais l’âge des acheteurs. Et ces mentions ne concernent pas le tabac de narguilé, considéré au Liban comme un élément culturel, et même un attrait touristique.

"Dans ce pays, les sites archéologiques ne représentent rien par rapport au narguilé", déplorait même le médecin qui a présidé la commission parlementaire derrière la loi anti-tabac de 2011. Résultat, sur l’ensemble des jeunes consommant du tabac, un tiers fumait cette pipe à eau il y a dix ans mais aujourd’hui, c’est le double, avec une tendance à la hausse très marquée chez les filles.

L’interdiction de fumer dans les lieux publics, en vigueur aussi depuis cette loi, n’est pas non plus respectée, faute de contrôles et de sanctions. Il y a aussi le prix du tabac qui reste très faible, pourtant facteur essentiel de diminution du tabagisme. Au Liban, le paquet coûte moins de 2 euros et les tentatives d’augmentation se heurtent à la Régie des tabacs, dont les recettes vont… à l’État. Cette régie sous traite pour les plus grands fabricants de la planète et fait vivre 25 000 petits producteurs dans le pays.

Une augmentation du tabagisme dans l'ensemble du Moyen-Orient

La tendance à la hausse du tabagisme s'observe dans toute la région. En Égypte, par exemple, 7,5% des 13-15 ans fumaient en 2009 ; ils étaient 10% en 2014 et sont maintenant 15% aujourd’hui. Même chose en Irak.

Selon l’OMS, dans les pays de la Méditerranée orientale, le taux du tabagisme des moins de 18 ans peut atteindre 40% chez les garçons et 30% chez les filles. À l'opposé, le tabagisme des jeunes décroit depuis 20 ans en l’Europe et en Amérique du Nord. Aux États-Unis, par exemple, 30% des jeunes de 14-18 ans fumaient en 2000. Ils ne sont plus que 7% aujourd’hui.

Les jeunes libanais fument notamment du narguilé, considéré dans le pays comme un élément culturel.
Les jeunes libanais fument notamment du narguilé, considéré dans le pays comme un élément culturel. (JOSEPH EID / AFP)