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Au Liban, des artistes se mobilisent pour sauver une œuvre de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer

À Tripoli, dans le nord du Liban, des artistes tentent de redonner vie à la "Foire internationale Rachid Karamé", un complexe dessiné dans les années 1960 par celui qui a conçu Brasilia.

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Une vue du centre d\'exposition international de Tripoli (Liban) le 30 avril 2017.
Une vue du centre d'exposition international de Tripoli (Liban) le 30 avril 2017. (Photo by Eric Lafforgue/Art In All Of Us/Corbis via Getty Images)

À Tripoli, la grande ville du nord du Liban, des artistes ont réinvesti pendant un mois un joyau de l’architecture moderniste, la foire internationale Rachid Karamé, le centre d'exposition international conçu dans les années 1960 par l’architecte brésilien, Oscar Niemeyer. Ce trésor, tombé dans l’oubli, est aussi peu connu par les Libanais que par le reste du monde.

Un ensemble de 70 hectares, à côté la mer

Le site a été dessiné par Oscar Niemeyer en 1962. Après l’empire ottoman et le mandat français, c'est l'époque où la jeune République libanaise imaginait son avenir en s’inspirant des foires européennes et de celles de Damas et Bagdad. Les travaux ont commencé en 1967, mais à peine terminée, le Liban a sombré dans la guerre civile. Le site a été occupé par des milices, l’armée syrienne puis libanaise et aujourd’hui, il est fermé au public. Wassim Naghi, président de l'Union méditerranéenne des architectes, l'affirme : "C'est un trésor qu'on a à Tripoli. J'habite là et presque chaque jour, je vois quelque chose de nouveau." Il décrit "des bassins remplis de pluie qui jouent les miroirs". Les bâtiments sont à peu près intacts, même si le temps a lézardé les murs et si la végétation a repris ses droits. C’est un lieu fascinant, une sorte de friche futuriste composée d’une immense couverture en béton de 750 mètres de long en forme de boomerang. Elle était destinée à accueillir les pavillons de différents pays. Relié à cet élément central par des jardins, des bassins, des rampes, un bâtiment carré avec des arcades devait abriter un musée du Liban. On y voit aussi un dôme pour un théâtre expérimental, un héliport suspendu pour un musée de l'espace et un amphithéâtre en plein air. "C'est triste parce que ce sont des bâtiments abandonnés", estime Wassim Naghi. 

Pour éviter l'oubli, des défenseurs du patrimoine se mobilisent

Parmi eux, une jeune commissaire d’exposition franco-libanaise, Karina El Helou. Elle y a monté une exposition baptisée "cycles d’effondrement du progrès". Son équipe et des artistes ont nettoyé le site, trouvé des financements pour l’ouvrir pendant un mois, jusqu'au 23 octobre. Résultat : 15 000 visiteurs, ce qui est exceptionnel pour ce patrimoine quasiment inconnu du grand public libanais et situé à une bonne heure de Beyrouth. "C'est une réappropriation, dit Karina El Helou, que le public découvre ce site qui représente l'histoire des années 1960-1970, de cette jeune République libanaise qui avait tant rêvé." "Malheureusement ce site est aujourd'hui abandonné, un peu à l'image de notre pays qui abandonné sa vision", juge-t-elle. 

Après cette exposition, quel avenir pour le site d’Oscar Niemeyer ?

Le site va retrouver son calme fantomatique et un peu surréaliste, mais l’exposition a fait parler de lui. Elle a fait prendre conscience à nombre d’habitants et de responsables que ce joyau architectural devait être préservé. Il faudrait maintenant que le site rejoigne le patrimoine mondial de l'humanité. L’Unesco vient de l’inscrire sur la liste des candidats, mais il faut maintenant de la volonté politique pour restaurer les lieux et leur redonner vie. Et c'est ce qui manque encore au Liban, regrette Karina El Helou. 

Une vue du centre d\'exposition international de Tripoli (Liban) le 30 avril 2017.
Une vue du centre d'exposition international de Tripoli (Liban) le 30 avril 2017. (Photo by Eric Lafforgue/Art In All Of Us/Corbis via Getty Images)