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Au Chili, le pape François s'excuse après des scandales de pédophilie au sein de l'Eglise : "Nous n'avons pas su écouter les victimes"

Les Chiliens ont reçu une lettre du pape François jeudi 31 mai. Le souverain pontife s'excuse une nouvelle fois de la mauvaise gestion des scandales de pédophilie au sein de l'Eglise chilienne.

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Réunion entre les évêques chiliens et le pape François au Vatican, le 17 mai 2018.
Réunion entre les évêques chiliens et le pape François au Vatican, le 17 mai 2018. (HO / VATICAN MEDIA)

Les habitants du Chili ont reçu une lettre signée du pape François jeudi 31 mai 2018. "Nous n'avons pas su écouter les victimes" de violences sexuelles, écrit-il, en s'excusant une nouvelle fois de la mauvaise gestion des scandales de pédophilie révélés dans le pays ces dernières années. Il appelle aussi les fidèles chiliens à participer à la rénovation de l'Eglise.

Cette lettre est une nouvelle étape de la profonde remise en question de l’Eglise catholique au Chili ces derniers mois. Elle fait suite à la démission de tous les évêques du pays il y a 15 jours seulement.

Retour sur les révélations d'un scandale

Pour bien comprendre, il faut revenir en 2010. Un retentissant scandale de pédophilie éclate au Chili. Plusieurs hommes accusent publiquement l'influent prêtre d’un quartier chic de Santiago de les avoir agressés sexuellement pendant leur adolescence. Ils affirment aussi qu’ils avaient déjà dénoncé les faits auprès des supérieurs du curé en question, Fernando Karadima, mais qu’il avait été couvert par sa hiérarchie.

Or, au début de cette année, en visite officielle au Chili, le pape François a pris le contre-pied des victimes et a défendu publiquement un évêque réputé proche de Fernando Karadima. Ses déclarations ont déclenché un tollé dans le pays. Et ce n'est qu'à partir de là qu'il a commencé à changer complètement d'attitude.

Changement d'attitude du pape François

Il y a deux semaines, tous les évêques chiliens ont été convoqués au Vatican et poussés vers la sortie. François les avait réunis à Rome pour évaluer leurs responsabilités dans la gestion catastrophique des scandales de pédophilie au Chili. À l’issue de ce voyage, ils ont tous présenté leur démission au pape.

Peu de temps avant, François avait reçu personnellement, pour la première fois, des victimes de Fernando Karadima, et leur avait demandé solennellement pardon. Il a reconnu de "graves erreurs de jugement" concernant les affaires de pédophilie dans le pays.

Enfin, François vient d'annoncer l'envoi au Chili de deux émissaires spéciaux du Vatican. Ils seront chargés d'enquêter sur le cas de l’évêque que François avait défendu lors de sa visite dans le pays, et qui est accusé par des victimes d’avoir couvert les agissements du prêtre Fernando Karadima.

Une nouvelle lettre et un nouveau scandale 

Les médias chiliens viennent de révéler un nouveau scandale de pédophilie, et là encore l’évêque de la région concernée est sous le feu des critiques. Il aurait été alerté sur le cas d'au moins l'un des curés soupçonnés aujourd'hui, sans mener d'enquête contre lui.

Par ailleurs, cette lettre intervient à quelques heures de la rencontre à Rome entre le pape et d'autres victimes du prêtre Fernando Karadima. L'Eglise catholique essaye plus globalement de se refaire une réputation auprès des Chiliens : à l'échelle de l'Amérique latine, le Chili est le pays dans lequel les gens ont le moins confiance dans l'Eglise. Le nombre de croyants est en chute libre depuis plus de dix ans, sur un continent pourtant traditionnellement très catholique.

Réunion entre les évêques chiliens et le pape François au Vatican, le 17 mai 2018.
Réunion entre les évêques chiliens et le pape François au Vatican, le 17 mai 2018. (HO / VATICAN MEDIA)