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À Cuba, le gouvernement légalise le cinéma indépendant

Après plus de dix ans de débat, le gouvernement cubain reconnaît et autorise la production cinématographique indépendante. La liberté de création n'est en revanche pas assurée.

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Tournage du film \"Fast and furious\" à La Havane, à Cuba le 28 avril 2016.
Tournage du film "Fast and furious" à La Havane, à Cuba le 28 avril 2016. (ROLANDO PUJOL / EFE)

À Cuba, la production cinématographique indépendante vient d'être légalisée. Le gouvernement reconnaît et autorise, à compter du 24 septembre, les artistes indépendants du cinéma cubain. Le débat sur cette légalisation a duré plus d'une décennie mais cela ne signifie pas pour autant une liberté de création.

"Une première étape"

La loi sur le cinéma cubain reste inchangée depuis 1959, alors que la production audiovisuelle a largement évolué ces dernières décennies. Depuis le triomphe de la révolution, le cinéma cubain est organisé par l'Institut cubain de l'art et de l'industrie cinématographique (ICAIC). Officiellement, chaque film cubain passe par cette institution qui a parfois pu surprendre.

Dans les années 90 notamment, en pleine période spéciale, elle a produit le film Fraise et chocolat, dans lequel un militant des jeunesses communistes se lie d'amitié avec un homosexuel marginal de La Havane. Ce film avait révélé au grand public l'acteur Jorge Perugorría, qui travaille depuis 30 ans dans le cinéma cubain officiel ou indépendant.

Selon lui, ces deux types de cinéma coexistent principalement depuis l'arrivée du digital qui a rendu la production cinématographique plus accessible. Aujourd'hui, l'acteur se réjouit de ce nouveau décret. "Le cinéma indépendant à Cuba était un fait, une réalité, mais il n'entrait pas dans un cadre légal et juridique. Tout le monde faisait des films en dehors de la loi. C'est donc une première étape pour rendre légal ce qui se faisait depuis des années", analyse Jorge Perugorría, qui explique qu'il y a "toujours eu une complicité d'une manière ou d'une autre avec l'institution notamment pour ce qui était des autorisations de tournage". "Tu pouvais faire ton film mais rien ne te garantissait de pouvoir le diffuser", raconte-t-il.

Un nouveau fond de soutien qui interroge

Ce décret semble donc faciliter le travail des producteurs indépendants, mais l'État garde le contrôle de la diffusion. C'est une chose de faire un film, c'en est une autre de le montrer. Surtout à Cuba, où tous les cinémas sont gérés par l'État à travers l'ICAIC. Cette mesure facilite effectivement le travail des producteurs indépendants parce qu'ils ont désormais un statut légal, ils sont reconnus comme travailleurs du secteur privé. Ils pourront également ouvrir des comptes en banque pour recevoir des fonds pour un film.

Ils pourront aussi présenter des projets à un nouveau fond de soutien du cinéma cubain, mais on ignore encore quelle est l'enveloppe globale de ce fond et qui sélectionnera les projets. Beaucoup de producteurs craignent déjà de voir leur film inéligible à ce fond de soutien pour des raisons politiques et non pas artistiques.

En rendant légale la production indépendante, qui était jusqu'à présent tolérée, l'État oblige également les producteurs à s'inscrire à un registre officiel. Beaucoup de producteurs questionnent cela car selon eux "indépendance" et "obligation d'inscription à un registre officiel" ne vont pas de pair, ils y voient là une forme de surveillance sur leur travail. Les acteurs du secteur souhaitent aujourd'hui poursuivre le débat pour changer en profondeur cette loi cinéma, et notamment pour parler du contenu, de l'idéologie et de la liberté de création.

Tournage du film \"Fast and furious\" à La Havane, à Cuba le 28 avril 2016.
Tournage du film "Fast and furious" à La Havane, à Cuba le 28 avril 2016. (ROLANDO PUJOL / EFE)