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Renoncer à la guerre et au sang pour nos portables

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Le Parlement européen durcit les règles pour les minerais précieux qui contribuent à financer et à entretenir les conflits armés en Afrique, notamment en République démocratique du Congo. Il demande une traçabilité éthique et une certification obligatoires pour toutes les entreprises concernées par ce "marché de la mort". Mais ces dernières opposent la règle sacrée du libre-échange.
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Radio France
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  (Collecte de coltan dont est extrait le tantale dans la région des Grands Lacs © Maxppp)

 L’étain, l’or, le tungstène et le tantale tiré du coltan sont des métaux précieux pour les industriels et les consommateurs européens, puisqu’ils sont indispensables à la fabrication des ampoules, des téléphones portables, des ordinateurs, des réfrigérateurs, des voitures. Ils le sont plus encore pour les pays en voie de développement où ils sont produits, comme la République démocratique du Congo et la région des Grands Lacs, où leur extraction alimente et aggrave les conflits armés entre les groupes qui se disputent le contrôle des mines. Et qui exercent des violences extrêmes  sur les populations vivant dans ces zones, victimes d’exploitations, de viols et de meurtres.

C’est pour briser le lien entre le commerce de ces minerais et les conflits armés que le Parlement européen a décidé de durcir les règles, en se prononçant en faveur d’une certification obligatoire et une transparence totale pour empêcher l’importation en Europe de ces "minerais de sang", pour responsabiliser l’ensemble de la chaîne, des fonderies et raffineries qui devront déclarer leurs fournisseurs, jusqu'aux industriels européens qui achètent et exploitent les minerais, comme Dassault, Orange, tous les producteurs de Smartphones et l’industrie de l’armement.

Il précise que le coût ne sera pas dissuasif pour les entreprises mais que leur responsabilisation aura un impact jusqu’aux consommateurs et permettra surtout de sauver des populations des massacres et de l’exploitation. Car cette législation s’appliquerait à 880.000 entreprises de l’Union européenne, qui devront simplement déclarer l’identité de leurs fournisseurs directs. Ce qui permettra de vérifier si l’obtention de ces matières premières est entachée de violations des droits de l’homme, liée au financement des groupes armés, à de l’évasion fiscale ou du blanchiment.

 

Elles soulignent qu’une certification obligatoire sur l’ensemble de la chaîne pourrait entraîner un quasi-embargo vis-à-vis des pays concernés. "Ce système est surtout inapplicable pour les 800.000 entreprises en aval car l’Europe n’a pas les moyens de toutes les contrôler" , souligne l’eurodéputé UMP Franck Proust, lui aussi membre de la commission du commerce international, qui prônait une solution de compromis : n’imposer la certification qu’aux fondeurs et affineurs en amont et laisser le choix en aval, sur la base du volontariat, ce que proposait d’ailleurs la Commission européenne sur l’ensemble de la chaîne. "Des directives volontaires sont en place depuis cinq ans et 80% des entreprises ont choisi de ne pas publier d’informations sur la manière dont elles contrôlent leurs filières d’approvisionnement " précise le travailliste britannique David Martin.

 

Finalement "la conscience universelle a triomphé sur l’affairisme sordide " a commenté le libéral belge et ancien commissaire européen Louis Michel : la position du Parlement européen en faveur d'un système plus contraignant a été imposée par la gauche, les Verts et une bonne partie des Libéraux justement ; elle l'a emporté par 378 voix contre 300. Un vote qualifié de "jusqu’au-boutiste " par Franck Proust. Yannick Jadot dénonce le "conservatisme, le cynisme de la droite qui applaudissait le Dr Denis Mukwege (récent lauréat du Prix Sakharov du Parlement européen pour son action en faveur des victimes de viols), mais qui se montre en réalité plus soucieuse des intérêts de quelques firmes que de la survie et de l’avenir des populations exploitées ".

Yannick Jadot souhaite "aller très vite dans l’application de ce règlement" . Reste à en convaincre les États, avec lesquels le Parlement européen, soutenu par de nombreuses ONG, entre désormais en négociations.

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