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Double-peine pour la femme en temps de crise

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Alors que le chômage atteint un nouveau record en Europe (12%, soit plus de 19 millions de chômeurs dans la zone euro), on constate que la crise touche plus durement les femmes que les hommes. Et creuse encore plus les inégalités. Le Parlement européen demande aux Etats membres de réagir, afin d'inverser la tendance.
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Radio France
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[null,null]Contrairement à ce que les discours et les politiques mises en place pouvaient laisser croire, les mécanismes à l'origine des discriminations sociales à l'égard des femmes s'aggravent en temps de crise, et en font même les premières victimes.

Avant, elles étaient déjà cantonnées aux emplois précaires, au travail à temps partiel, aux bas salaires, aux carrières lentes, chaque naissance creusant un peu plus le fossé. Aujourd'hui les femmes sont doublement pénalisées par les politiques d'austérité, qui réduisent encore davantage leurs revenus et leurs pensions et les poussent au chômage.

Une situation qui inquiète beaucoup les eurodéputé. L'UMP française Elisabeth Morin-Chartier, du Parti populaire européen , est l'auteure d'un rapport sur ces inégalités.

"La crise a un effet de loupe sur des problèmes préexistants" , explique-t-elle. Les coupes budgétaires dans le domaine de la santé ou de l'éducation touchent d'abord les femmes.

Les femmes contribuent elles-mêmes à leur paupérisation

"Résultat: les femmes se retirent petit à petit du monde du travail" , pour s'investir dans l'associatif, souvent du bénévolat non rémunéré, donc non pris en compte pour le calcul des retraites. Ainsi les femmes, qui étaient déjà précarisées, contribuent désormais elles-mêmes à leur paupérisation. Par dégoût ou par découragement.

Ces femmes, qui gagnaient déjà 30% de moins que les hommes et dont la carrière, déjà lente, avait été plombée par chaque naissance (la moyenne européenne étant de 12% d'écart supplémentaire par enfant), "lorsqu'elles arrivent à l'âge de la retraite, elles sont pauvres" , s'indigne Elisabeth Morin-Chartier.


L'eurodéputée s'appuie notamment sur les tristes révélations d'une étude Eurobaromètre, menée dans les 27 Etats membres, et qui porte sur "la perception des inégalités dans le contexte de la crise" .

"Les
hommes sont recrutés sur des critères totalement différents. C'est profondément
discriminant et injuste"

Quels sont les aspects auxquels un
employeur attache le plus d'importance au moment de recruter ?
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Premier
critère pour une femme : avez-vous des enfants ? Deuxième critère : êtes vous
disponible, flexible en terme d'horaires ? Troisième critère : l'apparence. La
qualification professionnelle n'arrive qu'en 7ème position.

Alors que pour un
homme, premier critère: la qualification. Deuxième critère : l'expérience
professionnelle. le critère des enfants n'arrive qu'en dixième position.

"Les
hommes sont recrutés sur des critères totalement différents. C'est profondément
discriminant et injuste"
, s'élève Elisabeth Morin-Chartier, qui souligne que cela vaut dans tous les
pays de l'Union, mais que les DRH refusent de l'admettre.

Investir dans les femmes pour restaurer le croissance

Dans son rapport, le Parlement européen demande aux Etats membres de
réagir. D'"investir dans les femmes" pour restaurer la croissance et inverser
les effets de la crise. D'utiliser les outils disponibles, comme le Fonds social européen, pour
soutenir la formation continue, la création de nouveaux emplois, promouvoir
l'entrepreneuriat féminin.

Obliger les entreprises à mettre plus de femmes dans les organes de décision
et les postes d'encadrement. Combattre les stéréotypes qui contribuent à la
féminisation de la pauvreté, les inverser, en montrant les femmes ingénieures ou les
hommes éducateurs de jeunes enfants. Créer des crèches inter-entreprises, encourager la garde partagée comme au Danemark, ne pas pénaliser les
mères mais prendre en compte la maternité pour les promotions. Et bien sûr
garantir, à travail égal, un salaire égal.

La nouvelle présidente de l'Union européenne des femmes

Un combat qu'Elisabeth Morin-Chartier mènera désormais à un double-niveau. Son rapport, voté par le Parlement européen, vise à sensibiliser la Commission et les Etats membres, à commencer par la présidence irlandaise de l'Union. Mais l'eurodéputée compte aussi mobiliser les femmes par des actions concrètes sur le terrain, d'autant plus qu'elle préside aussi désormais l'Union européenne des femmes , association de centre-droit qui a un siège à l'ONU, à l'Unesco et au Conseil de l'Europe au titre des ONG. Elle a élue le 9 mars, au lendemain de la Journée de la femme et elle est la première Française à ce poste.

Son objectif est que l'"égalité hommes-femmes ne soit plus seulement inscrite dans les textes, mais dans les faits, quelle s'installe dans la réalité" . Elle sait que la tâche sera rude, au moment où la crise sociale ne fait que s'aggraver en Europe. Mais elle promet de s'y employer "avec une farouche détermination."

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