Babar, Dumbo, Jumbo : comment les éléphants s'interpellent en se donnant des petits noms

Les noms personnels sont une caractéristique universelle du langage humain. Les éléphants en sont aussi capables, selon une étude.
Article rédigé par franceinfo, Marie Dupin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
L'étude publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution est la première à révéler la capacité d'animaux non humains à s'adresser à leur destinataire en leur donnant un nom propre. (ERIC LAFFORGUE / HANS LUCAS)

C'est une étude passionnante qui vient d'être publiée lundi 10 juin dans la revue Nature Ecology & Evolution. Les éléphants, symboles de mémoire et de sagesse, s'interpellent, non en s'imitant les uns les autres, comme le font, par exemple, les dauphins et les perroquets, mais en se donnant des petits noms. 

C'est la première fois qu'une étude révèle la capacité d'animaux non humains à s'adresser ainsi à leur destinataire en lui donnant un nom propre, inventé spécialement pour lui. Babar, Jumbo ou Dumbo peut-être ? Si les chercheurs n'entrent pas dans ce niveau de détails, ils révèlent non seulement la capacité des éléphants à émettre des vocalises imaginées spécialement, mais aussi à reconnaître ces vocalises, puisqu'ils réagissent lorsqu’on les appelle par leur petit nom, tout en ignorant les appels lancés à d'autres.  

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont utilisé un algorithme d'intelligence artificielle qui a analysé les cris de deux troupeaux sauvages du Kenya, et identifié 469 barrissements distincts. "Des phrases complexes", selon les chercheurs, aux sonorités très variées, pouvant aller de trompettes puissantes à des grondements si faibles que même les oreilles humaines ne pourraient pas les entendre. 

Des points communs avec les humains

Les humains avec qui décidément les éléphants ont beaucoup de points communs : les petits noms, mais aussi la capacité à pleurer leurs morts, les rites funéraires et bien sûr leur mémoire d’éléphant. D’ailleurs en matière de mémoire, les humains sont-ils si remarquables que cela, eux qui souvent se trompent énormément ? 

Quoi qu'il en soit cette nouvelle étude scientifique devrait sans doute tous nous inviter à défendre ce que Romain Gary dans son roman les racines du ciel appelait "une certaine idée de l'homme". Un roman qui met en scène Morel et son combat contre l'extermination des éléphants. Parce qu'on "commence par dire, mettons, que les éléphants sont trop gros, trop encombrant, qu'ils renversent les poteaux électriques, piétinent les récoltes, qu'ils sont un anachronisme, et puis on finit par dire la même chose de la liberté. Il est temps de nous rassurer sur nous-mêmes en montrant que nous sommes capables de préserver cette liberté géante, maladroite et magnifique, qui vit encore à nos côtés".

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