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Culture d'info. Jean Grégor : "La voiture reste un marqueur social"

L’écrivain, passionné d'automobile, reconnaît que l'amour de cet objet est de plus en plus anachronique.

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Jean Gregor en 2010. 
Jean Gregor en 2010.  (ALEXANDRE MARCHI, /NCY / MAXPPP)

Alors que s'achève le salon de Francfort marqué par les inquiétudes du secteur automobile, Jean Grégor, auteur en 2010, du roman Transports en commun chez Fayard, où il faisait de la voiture un personnage à part entière, pense que l’engouement pour la voiture résiste.      

franceinfo : Une fascination à contre-courant des préoccupations environnementales ?  

Jean Grégor : Quand j’entends un V6 ou un V8 dans la rue, je me retourne parce qu’il y a quelque chose de fascinant et de mystérieux, lié à la puissance évidemment, la voiture reste un marqueur social. Regardez les footballeurs, ils exhibent leur Bugatti, leur dernière voiture très chère, c’est quelque chose qui fait encore rêver énormément.

Prenez le film Bullitt avec Steve Mc Queen, le personnage c’est le flic, mais c’est surtout la Ford Mustang. Au volant d’une voiture comme ça, on se prend pour Steve Mc Queen. Ce qui résiste c’est l’aspect sexy, on ne fera jamais un block buster avec quelqu’un sur une trottinette. C’est terrible qu’on soit obligé de passer par des machines énormes, bruyantes et polluantes pour rêver, mais c’est comme ça que fonctionne une bonne partie de la société. C’est aussi une partie du rêve américain qui nous est vendu, voire imposé, mais qui nous fait rêver.    

La transition écologique ne marque-t-elle pas la fin d’une époque ?  

C’est ça le pire, je n’en suis pas certain. Peut-être qu’on va vers des modèles moins polluants, mais avec des caisses toujours aussi grosses et une ambition d’imposer sa richesse, sa position sociale, et d’imposer un rêve qu’on gobe tous. Même une Porsche électrique, pour un fan de voiture ça reste une Porsche ; je ne suis pas sûr que ce soit la fin d’une époque.

C’est terrible à dire, par exemple, on a célébré les 50 ans d’Apollo 11, c’est fou de voir comment les gens sont fascinés par les fusées, il n’y a rien de plus polluant au monde, de plus destructeur pour la planète et pourtant ça reste fascinant.  

La voiture qui se conduit toute seule, va-t-elle tuer le mythe automobile ?  

Je n’y crois pas et j’entends parler d’accidents mortels… Un homme au volant de sa voiture est beaucoup plus puissant, on n’est pas la même personne. La vie est beaucoup plus simple au volant, sur une ligne droite on accélère, quand c’est rouge on s’arrête, quand c’est vert on fonce, il reste le bonheur de conduire.

Prenez les pubs Mercedes, qui sont assez choquantes car elles n’ont rien à voir avec les grandes tendances : vous voyez un père de famille qui s’assoit dans un break, mais qui s’avère très sportif, et voilà qu’il fait des roues, qu’il dérape, qu’il bombarde ! Le rêve écologique est loin, la prudence au volant est loin, on est à l’opposé des tendances qu’on devrait suivre…on est mal barré.              

Entretien avec l'écrivain Jean Grégor par Thierry Fiorile
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Jean Gregor en 2010. 
Jean Gregor en 2010.  (ALEXANDRE MARCHI, /NCY / MAXPPP)