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Textile : pourquoi la Chine n'est plus l'atelier du monde

Il y a un an, l'immeuble du Rana Plaza s'effondrait au Bangladesh, tuant 1.135 ouvriers et ouvrières du textile. Ce drame a ouvert un débat sur les conditions de fabrication de nos vêtements, et sur les délocalisations. Avant de produire au Bangladesh, les grandes enseignes de la mode étaient basées en Chine. Mais "l'atelier du monde" n'est plus ce qu'il était. Les importantes hausses de salaires de ces dernières années ont fait fuir de nombreuses marques, à la recherche d'une main d'œuvre toujours moins chère. 

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Hélène Jiang
nous accueille dans le showroom de son entreprise de prêt-à-porter. Sur les
cintres, on trouve essentiellement des doudounes car la spécialité de Shanghai
Donglong, c'est la plume. Le fabricant chinois exporte en Europe, en Russie et
au Japon. Il fournit – entre autres – H&M, Le coq sportif et Montcler.

Il y a peu,
Adidas faisait aussi partie de ses clients. Mais l'Allemand a fermé sa dernière
usine en Chine en 2012 mettant fin à dix ans de collaboration avec Donglong.
"C'est dommage ", soupire
Hélène Jiang, la directrice adjointe du groupe : "Après la fermeture de cette usine
d'Adidas, on a totalement arrêté de travailler pour eux. Ils sont partis à
cause des coûts de production qui augmentent trop vite en Chine. Et ils ont
décidé d'aller en Asie du Sud-Est
."

En Chine, les salaires ont doublé en 5 ans

Avec cette
délocalisation, beaucoup de petits sous-traitants d'Adidas ont fait faillite.
Donglong et ses 10.000 employés ont limité la casse, en trouvant de nouveaux
clients. Mais l'augmentation des salaires reste un casse-tête pour Hélène
Jiang. Ils ont doublé en en 5 ans.

"En
2009, le salaire moyen d'un ouvrier à Shanghai était autour de 2.000 yuans.
Aujourd'hui, il est à 4.000 yuans. Et ça ne comprend pas les cotisations
retraite donc ça a énormément augmenté. A cause de ce coût supplémentaire, on a
perdu des commandes
", détaille-t-elle.

Cette année,
les salaires devraient encore augmenter de 10% en Chine. Les ouvriers
n'hésitent plus à faire grève pour obtenir une meilleure rémunération. L'atelier du
monde est donc devenu moins compétitif, surtout pour un secteur à faible valeur
ajoutée comme le textile, où le coût de la main d'œuvre est décisif dans le
prix final.

Ouverture d'usines en Birmanie

Alors plutôt
que de regarder les grandes enseignes partir, et perdre des commandes, Donglong
a suivi le mouvement. L'entreprise chinoise a ouvert une usine en Birmanie. "Si l'usine de Birmanie fait des
produits de même qualité, avec le même délai de livraison, et que le prix est
plus bas, nos clients sont évidemment satisfaits. En moyenne, sur un vêtement,
le prix de revient y est 30% plus bas. Et les exportations depuis la Birmanie
ont un avantage sur la Chine : il n'y a pas de droit de douane, donc au
total, on économise environ 40%.
"

Et pour
former les ouvriers birmans, Donglong a envoyé des dizaines de ses techniciens
sur place. Cette stratégie n'est pas un cas isolé, les sous-traitants chinois
délocalisent en majorité vers le Bangladesh, le Vietnam, et le Sri Lanka. Yannig
Gourmelon est associé chez Roland Berger, un cabinet de Conseil en stratégie.  

Dans le même
temps, les sous-traitants chinois montent en gamme. Hélène Jiang vient de créer un atelier de design et propose
des modèles originaux aux enseignes internationales. Une façon de créer de la
valeur ajoutée pour retenir ses clients. 

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