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Au sommet du Kilimanjaro : "Le plus beau moment de ma vie"

Dernier jour d'ascension pour les cinq handicapés qui ont pris d'assaut le Kilimanjaro. Ce vendredi, Jérôme Jadot, qui les a suivis pendant toute leur aventure, raconte leur arrivée. Vent sec, oxygène rare, neige a portée de main : l'équipée approche du haut du cratère. Ultimes efforts, ultimes souffrances, pour les cinq aventuriers et leurs coéquipers valides. Une expérience qui redonne de la confiance en soi.

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Ils arrivent
finalement ensemble en haut du cratère. Après 24h de brouille, Pascal, ami de
trente ans d'Alain, a repris son rôle d'accompagnateur. Dans les gros rochers
qui remplacent le sentier en cette fin d'ascension, il guide à nouveau son
camarade, privé de vision centrale. "Un pas comme la longueur du
pied
", "un bloc de 40 cm " égrène-t-il. Puis le glacier
apparait. "Magnifique, 60m de haut ", décrit Pascal, "vraiment
magnifique. Si un jour je pouvais le voir, je serais le plus
heureux des hommes
", répond Alain, avant de dédier son ascension à sa
femme, sa fille et son père.

A 5.685 m
d'altitude, sur le promontoire qu'on appelle Gilman's point, Alain et Pascal
sont bientôt rejoints par les autres. Marie, qui n'a plus la force de parler,
uniquement de pleurer. Jean-Christian, voix tremblante, rappelle qu'il n'a pas
gravi cette montagne "pour la gloriole mais pour tous les déchets,
les rebuts, les handicapés
". Presque totalement aveugle, l'objectif de
l'universitaire est de sensibiliser les employeurs aux capacités des personnes
handicapées. Il redescendra accompagné du médecin de l'équipe, Bruno, toujours
en sévère déficit d'oxygène, et qui devra être évacué sur brancard quelques
heures plus tard.

Bottes de plomb
et souffle court

Les autres
continuent. Il reste 200 m à monter, en pente douce sur l'arête du cratère.
Certains sont nauséeux, d'autres ont la tête dans un étau. Tout le monde a des
bottes de plomb et le souffle court. Leurs pas sont plus petits que jamais.
Mais Marie n'en peut plus. Elle s'effondre à deux reprises dans la neige sur le
bas-côté. Avant de rebrousser chemin.

Les autres continuent. Concentrés,
Alain et Pascal, Joseph, sourd aveugle et son accompagnateur Jérémy, ainsi que
Déo, jeune paraplégique tanzanien, poussé sur son fauteuil tout terrain par une
petite dizaine de porteurs. Après 11h d'effort, ils arrivent en procession, au
rythme des chants en swahili, face au grand panneau vert qui indique :
"5.895 m ", "congratulations ".

"Je crois
en mois, je peux tout faire" (Marie)

"Ce n'est
plus un rêve
", confie Déo, né au pied du Kilimanjaro, "c'est une
réalité. Je suis sur le toit de l'Afrique et je regarde les nuages d'en haut
".
Pas au bout de ses sensations, Déo est redescendu à toute berzingue dans les
graviers par son équipe de porteurs. La joëlette, fauteuil tout terrain envoyé
depuis la France, est sensée rester sur place pour permettre à d'autres
personnes handicapées d'en bénéficier. En attendant, elle double Marie, qui dit
avoir vécu "le plus beau moment de sa vie ". Deux jours plus tard,
alors que le périple se termine, celle qui redoutait encore au début du séjour
d'être le "boulet " de l'équipe se décrit comme une "nouvelle
femme"
. "Je crois en mois, explique-t-elle, je peux tout
faire
".

Alain lui ne
doutais pas de ses capacités avant cette aventure, mais au cours de la randonnée
des doutes lui sont apparus sur son comportement, "parfois
excessif
" reconnaît-il. "Je me suis pris plusieurs claques dans la
figure
", raconte Alain. Notamment via quelques clashes et discussions
franches avec son vieil ami Pascal. "Depuis 12 ans que j'ai développé
cette maladie [cécité], j'ai eu tendance à aller vers le bas
". Pour
Jean-Christian, pas question de remonter, au sens propre cette fois. Il dit
détester toujours autant la montagne, voire plus. "Si les Tanzaniens
inventaient la montagne horizontale
", s'amuse-t-il, "ils auraient
un grand succès touristique
"

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