"Les Passagers de la nuit" : bonjour tendresse

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Le superbe nouveau film du français Mikhaël Hers nous replonge dans le Paris des années 80 et dans la vie d'une famille aimante, avec l'un des plus beaux rôles récents de Charlotte Gainsbourg.

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Radio France
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13 février 2022, au 72e festival international du film de Berlin. Charlotte Gainsbourg, Emmanuelle Béart, Mikhaël Hers, les acteurs principaux du film "Les passagers de la nuit".  (GERALD MATZKA / DPA VIA MAXPPP)

Si Les Passagers de la Nuit débute le fameux 10 mai 1981, soir de l'élection de François Mitterrand, on fait rapidement un bon dans le temps, et le film est davantage une chronique de la décennie à venir, qu'on suit dans le quotidien d'une famille.

Soit celle d'Elisabeth, qui après une rupture se retrouve seule à élever son fils et sa fille ados, et trouve deux petits boulots, dans une bibliothèque du quartier, et comme standardiste dans une émission de radio qui se passe la nuit, où elle rencontre une jeune fille qui vit dans la rue et finit par l'héberger. Et dans le rôle de cette femme timide, émouvante, qui de mieux que Charlotte Gainsbourg, pour l'une de ses plus belles prestations de ces dernières années :  

"J'avais l'impression de beaucoup me jouer enfant. De jouer ma timidité d'enfant, presque ce que j'ai pu jouer dans 'L'Effrontée'. Et cette timidité, c'est quelque chose que j'ai déjà vécu. Mais je ne suis plus dedans. J'ai pu rougir, mais je ne vais plus rougir."

Charlotte Gainsbourg

à franceinfo

"Dans la tendresse, poursuit la comédienne, j'espère que ce personnage n'est pas si éloigné de moi : avec ses enfants, ou cette jeune fille qu'elle récupère. Ce sont nos côtés "paumées" peut-être qui diffèrent, le mien est plus grandiloquent, va aller plus vite dans la dépression. Le sien est beaucoup plus dans la retenue, dans quelque chose de plus modeste, et ça, ce n'est pas moi."  

Et le reste du casting est à l'avenant : Emmanuelle Béart, en animatrice de radio librement inspirée par une certaine Macha Béranger, les jeunes Noée Abita et Quito Rayon Richter, ou encore Laurent Poitrenaux. Et cette famille parait si juste à l'écran, dans son appartement du quartier Beaugrenelle à Paris, rarement aussi cinégénique qu'ici, un décor idéal pour le cinéma du réalisateur Mikhaël Hers, dont on avait déjà senti la sensibilité si fédératrice, mais jamais mièvre, dans les très beaux Ce sentiment de l'été en 2015 et Amanda en 2018 :  

"On fait les films à partir de sa propre sensibilité, donc c'est toujours sur le fil. Je ne veux pas que mes films soient exempts d'âpreté ou de violence, mais c'est vrai que ça intervient de manière plus souterraine. Moi des œuvres qui m'ont aidé, ce sont celles qui réussissaient à faire passer cette violence du monde et la rendre supportable."

"J'aime l'idée qu'on puisse se lover dans mes films comme on le ferait avec une chanson par exemple, pas de manière intellectuelle, mais qu'on puisse être emporté par une mélodie. Et qu'il y ait des choses plus âpres, plus dérangeantes, mais que ce soit pris dans un flot et qu'on puisse les accepter."  

Le réalisateur Mikhaël Hers

à franceinfo

Les Passagers de la Nuit séduit aussi par ses hommages à la culture, sous toutes ses formes : livres, film d’Éric Rohmer, musiques de Kim Wilde et Joe Dassin, entre autres, et sa reconstitution sobre mais réussie des rues parisiennes ou de la Maison de la Radio de ces années-là.  

Limbo : fable humoristique sur la situation des demandeurs d'asile  

Sur une minuscule île de pêcheurs, au sud de l'Écosse, un groupe de demandeurs d'asile attend d'être fixé sur son sort. C'est avec ce postulat que le jeune cinéaste écossais, Ben Sharrock, qui a lui-même vécu en Syrie, a décidé de raconter une histoire de migrants, mais dans une veine humoristique.

Un projet risqué sur le papier mais qui au final nous offre Limbo, cet étrange et très joli film. Les situations cocasses, et même absurdes, rappellent les films d'Aki Kaurismaki ou Elia Suleiman, et les comédiens, là encore, sont excellents. En particulier, le britannique d'origine égyptienne, Amir El-Masry, qui joue Omar, réfugié syrien qui a laissé son frère combattre au pays, et qui ne se sépare jamais de son oud, cet instrument de musique traditionnel à cordes pincées, dont il finira par jouer pour les habitants de l'île.  

"L'oud est utilisé comme une métaphore de son identité, et de ce qu'Omar traverse à son sujet, souligne Ben Sharrock. C'était un musicien connu et très talentueux en Syrie, et désormais il n'est qu'un réfugié anonyme comme les autres. Il n'est personne là-bas. Donc l'instrument est lié à son identité, c'est son âme, il était à son grand-père, donc également lié à sa famille, c'est un instrument très spécifique à sa culture, donc tout ce qu'il y a autour correspond à son identité"  

Signalons aussi la présence au casting de Limbo de Sidse Babett Knudsen, actrice danoise vue dans la série Borgen ou dans le film français La fille de Brest.

Petite leçon d'amour : comédie loufoque  

Et pour rester dans le loufoque, vous pouvez aussi aller voir la comédie Petite leçon d'amour, d'Eve Deboise avec Laetitia Dosch et Pierre Deladonchamps, une jeune femme qui trouve une lettre désespérée d'une lycéenne, amoureuse de son prof, et part à sa recherche, pour une aventure qui durera toute la nuit entre Paris et la banlieue.

Enfin, le documentaire Detroiters, du français Andréi Schtakleff, qui nous présente des habitants de l'ancienne florissante capitale de l'automobile, Detroit, aujourd'hui en souffrance, entre nostalgie et foi en un avenir meilleur.  

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