Chroniques du ciel, France info

Augustin de Romanet, patron d'Aéroports de Paris : "On peut se demander si le XXIe siècle n’aura pas commencé avec le coronavirus"

Dans "Chroniques du ciel", Frédéric Beniada s'entretient cet été avec des grands patrons du secteur aérien. Comment traversent-ils cette crise sanitaire, et quelles sont leurs perspectives pour demain ? Entretien avec Augustin de Romanet, président-directeur général du groupe ADP.

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Augustin de Romanet, président-directeur général du groupe ADP depuis le 29 novembre 2012. Ici sur franceinfo le mardi 11 février 2020.
Augustin de Romanet, président-directeur général du groupe ADP depuis le 29 novembre 2012. Ici sur franceinfo le mardi 11 février 2020. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Dans le cadre des grands entretiens de l'été avec les grands patrons du secteur aérien, franceinfo reçoit aujourd'hui Augustin de Romanet, président-directeur général du groupe Aéroports de Paris. Il nous livre sa vision de l'après crise-sanitaire et les perspectives.

franceinfo : Avant d’évoquer les conséquences que cette crise aura sur le transport aérien, à plus ou moins long terme, j’aimerais d’abord que nous évoquions ce sale virus, car au mois de mars, vous avez été malade et pendant près de 15 jours, totalement K.O, vous vous êtes dit quoi, à ce moment-là ?

Augustin de Romanet : J’ai été estomaqué par le fait que l’on arrête totalement l’économie pour sauver des vies, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité et je pense que cela a été rendu possible en raison de la faiblesse des taux d’intérêts. Il n’y a plus de limite à la dépense publique, et puis je pense que lorsqu’un système est en croissance, on sous-estime la croissance, et lorsqu’il est en crise, on sous-estime la crise. Dès les premiers jours, j’ai perçu que cette crise allait durer plusieurs années.

Qu’est-ce que va changer, d’après vous, cette crise sanitaire, d’abord, d’un point de vue personnel, puis pour le secteur aérien ? Vous regardez les choses un peu différemment ?

Beaucoup d’historiens disent que le XXe siècle a commencé avec la guerre de 14 ; au fond, on peut se demander si le XXIe siècle n’aura pas commencé avec le coronavirus. Dans une revue de géopolitique récemment, on décrivait les 10 points saillants qui existaient avant le Covid-19 ; et qui vont être accrus par le virus. Je les cite, la correction de la mondialisation, l’écologisation, le renforcement des États, la régression démocratique, la montée du nationalisme, la montée du populisme, la crise du multilatéralisme, la bipolarisation sino-américaine, l’affaiblissement de l’Europe, l’affaiblissement de la Chine, tous ces éléments cristallisés avec le coronavirus donnent une planète qui va vivre avec de nouveaux paradigmes.

Fermer Orly, le 31 mars, était une mesure inévitable ? Fermez, c’est facile, c’est toujours la reprise qui est compliquée ?

Cette décision a été difficile à prendre en quelques heures, il fallait nous assurer que nous ne collions pas avec la chute du trafic aérien, nous étions préoccupés par la trésorerie du groupe au jour le jour, en revanche, la réouverture a suscité de forts débats entre ceux qui estimaient qu’il fallait rouvrir le plus tard possible pour des raisons financières, ou ceux, comme moi, qui estimaient qu’il fallait donner un signal de redémarrage du trafic aérien pour faire repartir l’économie.

Les aéroports d’après crise, vont-ils être différents ? Est-ce que toutes ces mesures sanitaires inévitables ne risquent-elle pas de freiner l’envie de voyager ? Car elles sont anxiogènes ?

Le coronavirus Covid-19 va accélérer une tendance importante à mes yeux, c’est le fait de rendre l’aéroport hospitalier, pour beaucoup de nos compatriotes, l’aéroport est une épreuve, c’est un parcours du combattant, plus que jamais, nous allons rendre l’aéroport plus sain, sur le plan sanitaire, et hospitalier.

Avant le Covid-19, nous avions évoqué ensemble ce qu’allait être l’aéroport de demain, le smart airport, un aéroport connecté, pour guider le passager, mais un aéroport qui reconnaîtra le passager, pour savoir d’où il vient, ses intentions. On y rajoute quoi aujourd’hui, des thermomètres, un bulletin de santé ?

Ce qui est clair, c’est qu’il faut minimiser les occasions d’attendre, d’être fouillé et minimiser les occasions de vérifier des documents. Le smart airport, c’est l’aéroport dans lequel on reconnaît votre visage pour ensuite réduire les contrôles.

Et que cela peut donc poser des questions, d’éthique, de secret médical. Est-ce que vous y travaillez, vous y pensez ?

L’aéroport de demain ne sera pas différent des restaurants, des hôtels des lieux publics, mais cette pandémie nous a montré que la détection précoce d’une maladie épidémiologique était vitale pour éviter la pandémie.

ADP a investi ces dernières années des milliards d’euros dans la modernisation d’Orly, dans l’agrandissement de Roissy avec le T4 notamment. Ces projets sont-ils remis en question ?

Nous allons en décaler quelques-uns effectivement, mais les investissements vont se poursuivre sur le long terme.

L’avion vert ou l’aéroport vert, c’est quoi, est-ce que c’est la survie du transport aérien ? Vous observerez ce qui se passe dans le monde ?

L’avion vert pour moi fonctionnera avec de l’hydrogène, et nécessitera des aéroports verts, avec des aménagements prévus à cet effet, ce sera le cas notamment du Terminal 4.

L’aéroport vert est un aéroport dont les émissions de CO2 sont neutres, c’est notre ambition d’ici 2035, avec des chauffages à la biomasse par exemple. Rappelons qu’un aéroport, c’est déjà un espace vert, un champ, il n’y pas mieux pour la biodiversité avec des oiseaux, des insectes, des plantes.

Augustin de Romanet

à franceinfo

Vous allez partir en vacances, Augustin de Romanet, en avion, en train, en voiture ?

Je vais marcher beaucoup dans une région où le ciel est pur pour voir les avions, la Provence. 

Augustin de Romanet, président-directeur général du groupe ADP depuis le 29 novembre 2012. Ici sur franceinfo le mardi 11 février 2020.
Augustin de Romanet, président-directeur général du groupe ADP depuis le 29 novembre 2012. Ici sur franceinfo le mardi 11 février 2020. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)