L'art de perdre : comment les perdants de l'élection présidentielle communiquent ?

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En fonction des objectifs, les stratégies diffèrent : silence, mise entre parenthèses, retour tonitruant, les perdants en politique trouvent généralement toujours la meilleure façon pour mieux revenir.

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Radio France
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Valérie Pécresse le 10 avril 2022. (ALAIN JOCARD / AFP)

La question en amont de ces stratégies de communication pourrait être : comment perdre... la tête haute ? A part Jean-Luc Mélenchon, qui s'est servi de sa défaite comme d'un tremplin en trompe-l'œil pour les élections législatives, les autres perdants de la présidentielle ont opté pour des techniques différentes. Si Yannick Jadot a choisi le silence, Marine Le Pen a recentré sa communication sur le terrain et fait le minimum, alors que comme Anne Hidalgo, Valérie Pécresse a vite retrouvé sa casquette d'élue locale. Après un mois de diète médiatique, son premier déplacement s'est fait à Versailles en tant que présidente de la Région Ile-de-France.

Laetitia Krupa : Valérie Pécresse affirme qu’elle a beaucoup appris et finalement elle ne prononce pas ce mot de défaite. Il est tabou ce mot quand on a perdu ?

Gaspard Gantzer : Je pense qu’il l’est – et c’est bien dommage d’ailleurs, parce qu’en écoutant Valérie Pécresse, on aurait envie de lui conseiller une autre stratégie de communication qui consisterait à dire tout simplement : oui j’ai perdu, je suis extrêmement déçue et c’est difficile à vivre. Reconnaitre sa défaite, ça permet aussi de construire une image médiatique. Une anecdote : le soir de sa défaite, Valérie Pécresse a été beaucoup moquée parce qu’elle a lancé un appel aux dons. Cet effet de cadrage a été terrible pour elle. Le même soir, Yannick Jadot a fait exactement la même chose, à la même heure, et personne ne s’est moqué de lui. Peut-être qu’il y avait de la misogynie mais peut être que dans le ton, il reconnaissait qu’il avait perdu et demandait de la solidarité sans prendre de détours pour cacher la réalité.

Ce repli sur sa fonction d’élue locale est un classique en politique, on pense à VGE par exemple, ou à Jacques Chirac. C’est une bonne stratégie pour rebondir ?

C’est une excellente stratégie d’image parce que vous pouvez montrer de cette manière-là que vous êtes à l’œuvre, au travail. D’abord en communication interne, vis-à-vis de vos propres troupes, vos collaborateurs et les élus qui sont autour de vous, mais également vis-à-vis de l’extérieur : vous n’êtes pas resté les bras ballants les semaines qui ont suivi l’élection et vous pouvez vous reconstruire. Jacques Chirac avait réussi à le faire après sa défaite de 1981 et même après sa défaite de 1988 en s’appuyant sur la mairie de Paris.

La grande tendance, c'est de revenir au plus vite dans l'arène. Exemple, Ségolène Royal, battue par Nicolas Sarkozy en 2007, puis par Martine Aubry l'année d'après pour le poste du premier secrétaire du Parti socialiste, Ségolène Royal a su entretenir un agenda médiatique grâce à ses petites phrases et ses meetings, comme celui du Zénith organisé deux mois après le congrès de Reims en 2008. Quel était finalement la stratégie de Ségolène Royal ? Ne jamais disparaître du jeu médiatique ?

Ségolène Royal fait partie d’une génération de femmes et d’hommes politiques qui pensent que si on n’existe pas à la télévision et à la radio, on n’existe plus et on est mort politiquement. Elle pensait aussi, et c’est comme ça qu’elle a réussi à créer la surprise pour être la candidate en 2007 et même se maintenir dans le jeu politique pendant très longtemps, qu’il fallait inventer un style. Et là, incontestablement, on voit qu’elle avait son style à elle, qui plaisait beaucoup au peuple de gauche à l’époque.

L’adage veut qu’en politique, on n’est jamais mort. Est-ce que finalement, s’avouer vaincu est une erreur ?

C’est ce que pensent les femmes et les hommes politiques parce qu’ils pensent que reconnaître sa défaite, c’est créer le chemin vers l’oubli ou la disparition. Je pense que l’époque a changé. Aujourd’hui, les femmes et les hommes qui observent la vie politique savent que l’on peut gagner et que l’on peut perdre et ils aiment les gens qui ont des cicatrices et qui ont su perdre, pour rebondir et gagner par la suite.

Et il faut, en tous les cas, se méfier des déclarations à chaud. Au soir de leurs défaites respectives à l'élection présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont annoncé qu'ils ne se représenteraient pas. Deux mois après, rien n'est moins sûr.

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