Un salarié en procès contre son employeur après avoir cumulé 177 CDD et missions d’intérim

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Le mardi 1er février, Rabah Mekaoui sera fixé sur son sort : il réclame un CDI à Kronenbourg après avoir accumulé des centaines de contrats courts en près de trente ans.

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Radio France
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La brasserie Kronenbourg à Obernai (Bas-Rhin). (THOMAS WIRTH / AFP)

La décision du Conseil des prud’hommes de Saverne, dans le Bas-Rhin, est très attendue parce que l’affaire est exemplaire. Elle oppose "Ali", c’est le surnom de Rabah Mekaoui, au brasseur Kronenbourg, à Obernai.

À 60 ans, après avoir travaillé 27 ans à la brasserie, il s’est décidé à prendre les conseils d’un avocat. Son objectif :décrocher enfin son CDI. Il faut dire que, selon Le Monde, qui relate cette affaire, il est à la tête de 161 missions d’intérim et de 16 contrats à durée déterminée. "12 euros de l’heure, contre 17 pour les autres, dit-il, sans l’ancienneté, j’ai beaucoup perdu."

Selon son avocate, Maître Nicole Radius, pendant près de trente ans, Rabah Mekaoui ne savait pas si sa mission allait être renouvellée la semaine suivante. Il ne connaissait pas le terme précis de ses contrats. Il ne s’est jamais mis en arrêt maladie, n’a jamais pris de congés, de peur de ne pas être repris. Une situation très précaire qui a eu un impact sur sa santé et la qualité de ses relations familiales. Exemple : pendant toute l’année 2004, il a travaillé de janvier à décembre sous couvert de missions saisonnières. En 2013, il a cumulé 41 contrats de quelques jours. Et en 2014, il en a compté 33.

Rabah Mekaoui n'accepte pas la proposition de Kronenbourg

Son employeur n’a pas accepté sa demande. L’avocate demandait que cette carrière à trous soit requalifiée en un seul contrat à durée indéterminée. Une demande qui a eu pour effet immédiat de faire cesser tout collaboration. Kronenbourg lui signifie qu’il ne sera désormais plus employé. La direction lui propose 20 000 euros pour mettre une croix sur le différend. Une solution que Rabah Mekaoui refuse, préférant demander aux Prud’hommes une solution plus juste.

L'avocat de Kronenbourg répond que Rabah Mekaoui n’est qu’un salarié saisonnier, comme le prévoit la convention collective, qui a demandé lors de son départ en retraite qu’on lui fasse une fleur, un cadeau.

Les juges trancheront, mais à cela s’ajoute une autre demande. En plus, la précarité Rabah Mekaoui a eu à subir des injures à caractère raciste. Son avocate réclame pour cela 206.000 euros de dommages et intérêts. Le Défenseur des droits a, de son côté, ouvert une enquête.

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