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Plus de deux millions de travailleurs exposés à des substances cancérigènes

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Jusqu'à dix mille personnes seraient exposées à des substances cancérigènes dans le cadre de leur travail. Des scientifiques alertent sur une épidémie silencieuse.
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Radio France
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Plus de deux millions de travailleurs sont exposés à des produits cancérigènes

On a beaucoup parlé de l’amiante et des trois mille décès par an qu'elle provoque. Mais c’est le silence sur les cinq à dix mille cancers d’origine professionnelle qui se déclareraient chaque année en France.

Le magazine Santé et Travail publie dans son dernier numéro un dossier alarmant : plus de deux millions de travailleurs sont exposés à des produits cancérigènes. Les réglementations existent. Mais elles sont trop rarement appliquées.

La liste est longue de ces travailleurs à risques. Le plus souvent des jeunes, ouvriers en contrat précaire, dans les secteurs du bâtiment, de la maintenance, de la mécanique et de l’agriculture. Ouvriers sur les chantiers de construction de routes, exposés aux émanations du bitume. Salariés des centres de contrôle technique, pour les fumées de gasoil et les huiles.

Personnels des stations de lavage de voitures, en sous-sol mal aéré, baignant dans les gaz d’échappement. Ouvriers agricoles qui respirent et qui manipulent des pesticides. Et ceux qui sablent les façades des immeubles, à cause de la silice. Ceux qui, dans les pressings, respirent du perchloréthylène, qui ne sera totalement interdit... qu'en2022 !

Sans compter les femmes qui travaillent en horaires de nuit, pour qui le risque de cancer du sein augmente de trente pour cent après quatre ans de poste.

Ces cancers professionnels, personne n’en parlent parce qu’ils ne sont pas visibles

Et surtout parce qu’ils sont éparpillés et que les produits qui les provoquent sont multiples et mal connus, encore une fois à la différence de l’amiante. Plusieurs experts, notamment de l’INRS, l’institut national de recherche et de sécurité, viennent regrouper pour les mettre en plein lumière. Un livre et un colloque vont bientôt mettre le sujet sur la place publique.

Pourtant, ces cancers professionnels sont particulièrement graves. Cancers des poumons, du sang, du cerveau, du rein ou du larynx. Une très faible proportion - environ 15% - sont reconnues comme maladie professionnelle par la Sécurité sociale. Ceux liés à l’amiante et à la poussière de bois sont bien identifiés. Mais les autres restent ignorés.

Dans beaucoup d’entreprises, notamment les petites, la prise de conscience du risque ne passe pas

Beaucoup aussi manquent de moyens pour réorganiser les postes de travail. La crise n'y est pas pour rien. Et quand on travaille pour le sous-traitant d’un sous-traitant, voire quand on est un travailleur étranger détaché sur un chantier, la connaissance du risque se dilue, voire s'efface totalement.

Reste les salariés, exposés à des produits dangereux, qui n’ont pas d’autre choix que de travailler dans des conditions dangereuses pour leur santé. Dix mille d'entre eux développeraient un cancer chaque année à la suite de cette exposition.

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