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On ne peut pas être licencié pour son mauvais caractère

Par manque de formation sur le management, certains petits chefs se permettent parfois d'être désagréables avec leurs collègues. 

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La colère d\'un petit chef. Photo d\'illustration
La colère d'un petit chef. Photo d'illustration (MAXPPP)

Votre chef s'exprime avec vous un peu vertement ? Il a parfois des propos abrupts, dans ses paroles ou dans ses mails ? La Cour de cassation, la plus haute juridiction de France, vient de décider que ça ne suffisait pas pour licencier quelqu'un.

C'est l'histoire d'un cadre commercial qui ne mâche pas ses mots. Trop direct, bourru, ironique, critique, prétentieux. Un personnage qui fait l'unanimité contre lui. Son entreprise ne le soutient pas et va même jusqu'à dire que son mauvais caractère créé un "climat conflictuel et une ambiance délétère". Il fait, dit-elle, des reproches incessants qui aboutissent à rabaisser les autres. Résultat : toutes ces remarques finissent pas nuire au bon fonctionnement de l'entreprise. Elle décide donc purement et simplement de le virer. Licenciement pour faute grave, c'est-à-dire immédiat et sans indemnité. Évidemment le manager en question saisit les prud'hommes qui, dans un premier temps, disent que le licenciement est bien valable. Mais le chef en question ne s'arrête pas là, appel, puis finalement cour de cassation.

Les limites de la liberté d'expression

Le vent tourne. Les juges examinent de près la situation. Qu'est-ce qu'on reproche exactement à ce monsieur ? Il a écrit par exemple : "Ce travail n'est ni fait ni à faire", ou bien "Je ne sais pas comment vous pouvez écrire de telles calembredaines". Or il y a un grand principe en droit du travail : c'est la liberté d'expression des salariés. Cette liberté a une limite : il est interdit sur le lieu de travail de tenir des propos injurieux, excessifs ou diffamatoires. Est-ce que les mails de ce cadre commercial étaient hors limite ? Ou est-ce qu'ils étaient juste désagréables ? La cour de cassation a tranché : tout ça relevait d'un mauvais caractère, difficile à vivre, certes, mais demeurait dans les limites de la liberté d'expression. On peut donc être mal embouché, brutal, sans pour autant être un harceleur. On ne peut pas être licencié pour ça.


Le harcèlement ce sont des agissements répétés qui peuvent entraîner une atteinte à la dignité, une altération de la santé physique ou mentale ou une menace pour son évolution professionnelle. Quand des salariés craquent à cause des remarques incessantes d'un collègue, la limite est franchie. Un documentaire vient justement d'être diffusé sur France 3 et est disponible en replay. Petits chefs fait le portrait de ces manageurs médiocres qui se transforment en harceleur. Pour Gaël Chatelain, consultant en management, ces gens hurlent parce qu'ils n'ont pas confiance en eux. Certains petits chefs repentis témoignent. "Focalisé sur le résultat"... "Comme un cheval de course qui n'avançait que pour sa réussite"... Le management, rappelle Gaël Chatelain, ça s'apprend.

La colère d\'un petit chef. Photo d\'illustration
La colère d'un petit chef. Photo d'illustration (MAXPPP)