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C'est mon boulot. Trente ans psychiatre : " La psychiatrie a été déstigmatisée"

Tous les vendredis, à l'occasion de ses trente ans, franceinfo va à la rencontre de ceux qui font le même métier depuis trente ans. Aujourd'hui, un psychiatre des hôpitaux.

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franceinfoPhilippe DuportRadio France

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Service d\'accueil psychiatrique de l\'hôpital de Nice.
Service d'accueil psychiatrique de l'hôpital de Nice. (MAXPPP)

Eric Caillon est psychiatre des hôpitaux dans la région parisienne depuis trente ans. Il porte un jugement très sévère sur l'évolution de ses conditions de travail : "Elles se sont beaucoup dégradées parce que ces trente dernières années, la psychiatrie a été déstigmatisée. Les patients ont plus facilement accès à la psychiatrie." Aussi, paradoxalement, cette déstigmatisation a, selon lui, compliqué l'accès aux soins : "Parce qu'il y a de moins en moins de psychiatres, parce que le diplôme d'infirmier psychiatre a disparu, parce que les délais d'attente sont considérablement allongés et parce qu'il y a des endroits en France où il n'y a pratiquement plus de psychiatres."

Moins de personnels dans les hôpitaux

Plus de psychiatres, mais aussi moins de personnel dans les hôpitaux pour s'occuper des patients : "Ce matin, témoigne-t-il, je vois un de mes patients, je lui demande comment il va et il me répond: 'Je suis très ennuyé parce que depuis trois jours je n'ai pas pu prendre de douche. Et je me tourne vers l'infirmière qui était aussi désolé que moi et qui me dit : 'On n'a pas pu, on n'était pas assez dans le service.'"

Manque de formations

Pour le docteur Caillon, il y a bien eu un tournant dans la dégradation de sa profession : "La disparition du diplôme d'Etat d'infirmier psychiatrique a été un tournant considérable." Pour le psychiatre, la formation des jeunes médecins eux-mêmes, dans sa discipline, s'est dégradée : "Quand je vois des internes dans le service, je suis effaré. Ils sont formés à remplir des cases, à raisonner en fonction de questionnaires, mais la question de la subjectivité, du désir, du masochisme, toutes ces questions là n'existent plus."

Certaines pathologies ont évolué

Du côté des patients aussi, en trente ans, il y a eu du changement :"La schizophrénie, la bipolarité sont des pathologies qui sont identiques, globalement." Certaines pathologies ont évolué. Eric Caillon évoque ainsi les pathologies du narcissisme, les pathologies de l'identité, les pathologies de la souffrance au travail, les pathologies liées à la psychotraumatologie, comme les victimes d'attentats. "Les patients névrosés ont très largement diminué en faveur des personnalités narcissiques", conclut-il.

Service d\'accueil psychiatrique de l\'hôpital de Nice.
Service d'accueil psychiatrique de l'hôpital de Nice. (MAXPPP)