Quand la hotte du Père Noël est vide...

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La saison des fêtes peut provoquer beaucoup d'angoisse dans de nombreuses familles, quand on n'a pas de quoi remplir la hotte du Père Noël. Les parents dans la précarité se reprochent beaucoup de ne pas pouvoir participer à l'effervescence générale. 

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Radio France
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Toulouse, le 22 décembre 2020. Le Secours Populaire a distribué des colis de Noël à 700 familles de la ville rose entre le 21 et le 23 décembre l'année dernière.  (FRANCOIS LAURENS / HANS LUCAS / AFP)

C’est le début des vacances et, pour les enfants, le temps de la magie de Noël. Mais, dans de nombreuses familles c’est pour les parents, du fait de leurs difficultés financières, celui de l’angoisse. Nous parlons aujourd'hui avec la psychanalyste Claude Halmos de ce que vivent ces parents.

franceinfo : Que peut-on faire quand on n’a pas de quoi remplir la hotte du Père Noël ?

Claude Halmos : La période de Noël est effectivement un moment douloureux, du fait de leurs difficultés financières, pour de nombreux parents.

Être en grande difficulté, c’est être exclu du monde de la consommation. Mais, dans une période comme Noël, c’est l’être aussi de l’effervescence et de la joie collectives, de l’univers des gens que l’on croise, à tout moment, et qui s’affairent, avec des paquets à la main. Et c’est particulièrement terrible quand on est parents.

Parce que, quand on ne sait pas comment on va pouvoir faire un cadeau à ses enfants, on est non seulement privé du bonheur que l’on aurait à leur donner du bonheur, mais atteint dans l’image que l’on a de soi, comme parent.

On se sent "moins bien" que les autres parents, pas à la hauteur, dévalorisé, honteux et même coupable, parce que, même si, évidemment, on n’y est pour rien, on se reproche toujours la situation. D’autant que l’on redoute que ses enfants, eux-mêmes se sentent différents des autres, et en souffrent.

Est-ce que les enfants aussi souffrent ?

La situation peut être difficile pour eux mais elle ne devient psychologiquement problématique que s’ils doivent la vivre dans la solitude, et le silence. Si on n’explique pas clairement un problème à un enfant, il pense qu’on le lui cache, et l’imagine donc pire encore qu’il n’est.

En l’occurrence, il peut imaginer par exemple que "pas de cadeau à Noël" veut dire "même plus de maison" demain. Il peut sentir la dévalorisation de ses parents, et se dévaloriser lui-même. Et puis il peut aussi, pour essayer de les aider, non seulement ne plus rien demander, mais faire en sorte de ne plus rien désirer, et inhiber ses désirs.

Comment les parents peuvent-ils aider leurs enfants ?

L’arme absolue, c’est la parole. Elle n’évite pas forcément le déplaisir, à un enfant, mais elle lui évite toujours les problèmes. Et elle lui permet surtout de construire en lui une force, dont il n’aura souvent conscience que plus tard, mais qui est essentielle.

Il faut dire la vérité aux enfants : le Père Noël, cette année, n’a pas d’argent. Ce n’est pas sa faute mais celle de l’économie, qui ne permet pas à tout le monde d’en avoir. Il ne pourra pas apporter tous les cadeaux qu’il aurait voulu apporter. Mais ce qu’il va apporter, il va l’apporter avec un amour énorme, qu’aucun argent ne peut acheter.

Et il faudrait essayer d’apprendre aux enfants à relativiser un peu, même si c’est très difficile, la valeur des biens matériels, et donc les comparaisons avec leurs copains plus fortunés.

Et c’est un thème, d’ailleurs, qui devrait être abordé dans toutes les écoles, au retour de ces vacances, où tous les enfants vont parler de leurs cadeaux.
Ce serait vraiment un beau cadeau que l’Éducation nationale pourrait faire aux enfants.

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