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C'est dans ma tête. Violences faites aux femmes : comment en parler aux enfants et comment les éduquer ?

Les femmes parlent, de plus en plus, des violences qu’elles subissent ou ont subies. Et les parents s’interrogent : comment parler de tout cela aux enfants ? 

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Claude HalmosfranceinfoRadio France

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Des rassemblements \"#MeToo dans la vraie vie\", pour dénoncer les violences sexuelles, ont été organisés ces derniers jours à Rennes, Poitiers, Nice, et dans 11 autres villes de France. 
Des rassemblements "#MeToo dans la vraie vie", pour dénoncer les violences sexuelles, ont été organisés ces derniers jours à Rennes, Poitiers, Nice, et dans 11 autres villes de France.  (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

 Comment parler aux enfants de cette question des violences faites aux femmes ? Les parents s’interrogent : comment évoquer tout cela avec les enfants, même les plus jeunes ? Et surtout comment les éduquer pour qu’ils ne deviennent ni harceleurs, ni harcelés ?  

La question du respect de l'autre

Je crois qu’il faut que les parents comprennent que le sort fait aux femmes pose, avant même toute dimension sexuelle, la question du respect de l’autre. Et qu’il s’agit donc, d’abord, d’éduquer les enfants dans le respect de l’autre.
Cela consiste à leur expliquer, dès 2 ou 3 ans, la nécessité de respecter aussi bien l’autre que ses biens : "On ne frappe pas les autres et on ne leur prend pas leurs affaires". Et il ne faut pas se contenter de leur expliquer cela en termes moraux ("ce n’est pas bien, pas gentil"… etc…). Il faut leur dire, avec des mots qu’ils puissent comprendre, que le respect est indispensable au fonctionnement d’une société. 

"Si tu pouvais taper sur tout le monde, tout le monde pourrait taper sur toi, et on ne pourrait plus sortir dans la rue, ce serait trop dangereux". Il faut que l’enfant comprenne que les lois ne sont pas seulement une limite à son bon plaisir, mais qu’elles le protègent. Et puis, une fois tout cela expliqué, il faut que les parents soient très vigilants. Parce qu’un enfant ne peut pas croire qu’une règle est importante, si on le laisse, en toute impunité, la transgresser. Et c’est toujours ce qui n’a pas été construit dans l’enfance qui se manifeste à l’adolescence.    

Et comment aborder la dimension sexuelle ?  

Pour pouvoir l’aborder, il faut que l’enfant sache déjà que la sexualité est une chose dont on a le droit de parler. Et ce n’est possible que si on lui a, là aussi dès 2 ans et demi, trois ans, donné des informations sur la sexualité. Il faut lui expliquer la différence des sexes, la nécessité d’un élément de chaque sexe pour "faire un enfant", la grossesse, l’accouchement. Et lui expliquer tout de suite les règles qui, chez les humains, régissent la sexualité : l’interdit de l’inceste (la sexualité est interdite entre membres de la même famille). L’interdit de la sexualité entre adultes et enfants. Et le fait que, dans la sexualité humaine, le partenaire doit être consentant : on n’a pas le droit de le forcer.  

Comment expliquer à un enfant petit que le harcèlement où la partenaire n’est pas consentante, existe ?  

Le harcèlement existe parce qu’il existe des grandes personnes à qui on n’a pas bien expliqué les choses quand elles étaient petites. Alors elles ne supportent pas qu’on leur dise non. Un monsieur, par exemple, trouve une dame jolie. Il voudrait faire avec elle comme s’ils étaient amoureux, mais, elle, elle ne veut pas. C’est son droit. Mais le monsieur ne l’accepte pas. Alors il essaye de l’obliger, en la menaçant, en lui faisant peur. Et, quelquefois, la dame n’arrive pas à se défendre. Pourquoi ? Parce qu’elle a peur. Ou parce qu’elle ne sait pas qu’elle peut appeler la police. Ou parce qu’elle a peur que la police ne la croit pas et peut-être même l’accuse, elle. Ou parce que, comme elle croit que ce qui lui arrive est de sa faute (alors que, bien sûr, ce n’est pas vrai), elle a trop honte.  

C’est important de donner à l’enfant ces explications, parce qu’il en a besoin pour comprendre ce dont il entend parler autour de lui. Mais aussi et surtout, parce que c’est la condition pour que lui-même se sente autorisé, par la suite, à parler de ce qui l’inquiète.  

Des rassemblements \"#MeToo dans la vraie vie\", pour dénoncer les violences sexuelles, ont été organisés ces derniers jours à Rennes, Poitiers, Nice, et dans 11 autres villes de France. 
Des rassemblements "#MeToo dans la vraie vie", pour dénoncer les violences sexuelles, ont été organisés ces derniers jours à Rennes, Poitiers, Nice, et dans 11 autres villes de France.  (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)