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C'est dans ma tête. Une journée européenne contre la peine de mort chaque 10 octobre

Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a décidé en 2007 de faire du 10 octobre, chaque année, une journée européenne contre la peine de mort.

Le ministre de la Justice Robert Badinter lors de l\'examen de son projet de loi sur l\'abolition de la peine de mort, le 17 septembre 1981 à l\'Assemblée nationale.
Le ministre de la Justice Robert Badinter lors de l'examen de son projet de loi sur l'abolition de la peine de mort, le 17 septembre 1981 à l'Assemblée nationale. (MICHEL CLEMENT / AFP)

Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a décidé, en 2007, de contribuer à la journée mondiale contre la peine de mort, qui a lieu chaque année, le 10 octobre. Et il a pris la décision de faire aussi, de ce 10 octobre, une journée européenne contre la peine de mort. Avec la psychanalyste Claude Halmos, nous revenons aujourd'hui sur le rôle que peuvent jouer de telles journées.

franceinfo : Pensez-vous que ces journées aient, sur le plan psychologique, une véritable utilité et si oui, laquelle ? 

Claude Halmos : Les journées comme celles-ci sont parfois perçues comme des célébrations un peu vaines. Mais je pense qu’elles ont néanmoins une véritable utilité.

Une journée contre la peine de mort permet d’abord de rappeler que, si elle a été abolie en France, elle ne l’a pas été dans de nombreux pays. Y compris en Europe, puisqu’elle existe toujours en Biélorussie. Et elle permet surtout de rappeler l’importance de son abolition.

La peine de mort, c’est-à-dire le droit que s’octroie une société de faire mourir ceux qui, par exemple, ont tué, s’inscrit dans la logique d’un "œil pour œil, dent pour dent" (tu as tué, on te tue) qui est celle de la sauvagerie. Une sauvagerie qu’une société civilisée se doit de refuser. Et ce refus est aussi important pour son fonctionnement, que pour les individus qui la composent.

Pourquoi ce refus est-il important pour les individus ?

Chaque enfant a en lui, une capacité de violence qui, si elle restait en l’état, rendrait impossible qu’il vive avec ses semblables. L’éducation a pour but de lui permettre de se civiliser. C’est-à-dire d’apprendre, peu à peu, à mettre des limites à cette violence, et à remplacer les actes par la parole. Et, dans cette éducation, l’exemple de ses parents, la façon dont ils se comportent, joue un grand rôle.

Mais l’être humain doit poursuivre toute sa vie, ce travail de civilisation de lui-même. Et, devenu adulte, le rapport qu’a la société dans laquelle il vit, à la violence, est pour lui, même s’il n’en est pas conscient, un repère.

De quelle façon ?

Le fait que la société refuse la peine de mort, c’est-à-dire pose qu’aucun être ne peut, quoiqu’il ait fait, être mis à mort, aide chacun à comprendre combien donner la mort est grave. Cela peut aider un adolescent à appréhender la différence entre la mort virtuelle des jeux vidéo et celle, réelle, de la vraie vie ; et à éviter les passages à l’acte. Comme cela peut aider une victime à résister à son désir de vengeance. C’est essentiel pour elle.

Parce que la vengeance est toujours, passé le soulagement immédiat, qu’elle peut sembler apporter, très destructrice. Puisqu’en mettant la victime sur le même plan que son bourreau, elle la maintient, à tout jamais, dans l’horreur. Et c’est essentiel pour la société dont le fonctionnement deviendrait impossible, si chacun pouvait donner la mort, comme bon lui semble.

Et à notre époque où une actualité récente a montré que l’on pouvait, désespéré par ses difficultés, en arriver à justifier une violence possiblement meurtrière, il n’est surement pas inutile d’y réfléchir.

Le ministre de la Justice Robert Badinter lors de l\'examen de son projet de loi sur l\'abolition de la peine de mort, le 17 septembre 1981 à l\'Assemblée nationale.
Le ministre de la Justice Robert Badinter lors de l'examen de son projet de loi sur l'abolition de la peine de mort, le 17 septembre 1981 à l'Assemblée nationale. (MICHEL CLEMENT / AFP)