C'est dans ma tête. Trop d'images pour nos têtes ?

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L’actualité nous offre chaque jour son lot d’images dures, violentes, et souvent assez désespérantes. La psychanalyste Claude Halmos nous explique pourquoi ces images nous font subir une triple violence. 

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Radio France
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L'accumulation et la répétition des images violentes peuvent avoir un impact traumatisant pour notre psychisme. (Illustration) (ANDRZEJ WOJCICKI/SCIENCE PHOTO L / GETTY IMAGES)

Des migrants qui se noient, des fumeurs de crack qui se battent dans un square, un tabassage filmé par des caméras de surveillance. L’actualité nous offre chaque jour son lot d’images dures, violentes, et souvent assez désespérantes. Ces images passent en boucle sur nos écrans et nous en parlons aujourd'hui avec la psychanalyste Claude Halmos. 

franceinfo : Quels effets ont ces images sur nous ? Sur les enfants ? Sont-elles dangereuses ? Comment pouvons-nous nous en préserver ?                     

Claude Halmos : Ces images sont devenues tellement habituelles que nous sous-estimons l’effet qu’elles ont sur nous, mais elles nous font subir une triple violence. Il y a d’abord la violence de l’événement lui-même : un migrant qui se noie, c’est très violent. Celle, ensuite, qu’entraîne la répétition de cette vision : voir 10 fois un homme se noyer, c’est subir la violence de 10 noyades. Et enfin une violence spécifique due au fait que nous ne voyons pas une noyade réelle, mais l’image de cette noyade. Ce qui a des effets différents.          

Pour quelles raisons ?          

Dans la réalité, quand nous assistons à une scène violente, c’est avec toute notre personne. Et, même si nous sommes sidérés par cette scène, notre corps continue à enregistrer des bruits, des odeurs, des sensations. La vie autour continue.

Face à l’image de cette scène, nous ne sommes plus qu’un regard. Ce regard est happé par la violence de cette image et nous pouvons nous retrouver, comme un lapin devant les phares d’une voiture, immobilisés, et dans une solitude totale parce qu’immergé dans la violence d’une image, on est toujours seul, même si d’autres personnes sont là. Et il faut savoir que, chez les enfants, cet effet d’immersion dans les images est décuplé. Ce qui les rend particulièrement dangereuses pour eux, et il faut les en préserver.            

Et qu’est-ce qui se passe ensuite ?          

Notre psychisme doit, comme notre système digestif, "digérer" ce qu’il absorbe. C’est à dire le faire sien, pour pouvoir le maîtriser, notamment par la pensée. Or les images violentes sont particulièrement indigestes, parce que leur charge émotionnelle est telle qu’elles empêchent de penser. On peut donc essayer d’échapper à leur violence, en se servant de la répétition, pour la banaliser (des migrants qui se noient, on en voit  tous les jours…).

Si l’on n’y parvient pas, on peut soit rester traumatisé par ces images (c’est le cas des enfants) soit "travaillé", à notre insu, par elles. Et l’excès de ces images négatives peut, en donnant une vision désespérante du monde, favoriser des sentiments dépressifs.       

Comment se préserver ?            

Il faut d’abord limiter la charge de violence, en refusant de regarder en boucle les mêmes images. Ensuite il faut changer de terrain : passer de ces images à la parole (en cherchant des informations, des commentaires, sur l’événement), et sortir du face à face solitaire avec elles : en parler avec d’autres permet de partager leur poids.

En fait, il faut (pour reprendre une formule célèbre) lutter contre "le choc des photos", par "le poids des mots", et l’échange avec les autres.    

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