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C'est dans ma tête. Procès de Redoine Faïd : pourquoi certains délinquants fascinent-ils autant ?

Le procès en appel du braqueur Redoine Faïd, connu pour ses évasions spectaculaires, a commencé il y a deux jours à Saint-Omer, le 27 février, dans le Pas-de-Calais. Il se déroulera sans l'accusé et sans ses avocats jusqu'au 18 mars. Un braqueur mulltirécidiviste qui fascine beaucoup de gens.

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Un surveillant pénitentiaire inspecte une cellule de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où est incarcéré le braqueur Redoine Faïd.
Un surveillant pénitentiaire inspecte une cellule de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où est incarcéré le braqueur Redoine Faïd. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Le procès en appel du braqueur et délinquant Redoine Faïd devant la cour d'assises du Pas-de-Calais s'est ouvert il y a deux jours, le 27 février à à Saint-Omer. Ce procès devrait durer trois semaines, mais sans l'accusé et sans ses avocats, la cour ayant rejeté le renvoi du procès. 

Redoine Faïd, qui s’était déjà évadé en 2013 de la prison de Lille-Sequedin, s’était évadé à nouveau, le 1er juillet 2018, en hélicoptère, de celle de Réau (Seine-et- Marne). Une évasion filmée par les détenus. Il avait déja été condamné en 2017 à 18 ans de réclusion pour le braquage, en 2011, d’un fourgon blindé. Et, niant sa participation à ce braquage, avait fait appel.

La psychanalyste Claude Halmos revient aujourd'hui sur cette fascination qu'exercent ce genre de personnage et de délinquant sur beaucoup de gens. 

franceinfo : comment d'abord expliquer une telle fascination ?  

Claude Halmos : Cette fascination - il faut le rappeler - n’a existé, en France, qu’à partir de la Révolution, parce que, auparavant, comme les procès se passaient à huis-clos, les accusés n’étaient visibles que s’ils étaient condamnés à mort, au moment de leur exécution.  

Pourquoi les délinquants fascinent-ils autant ?  

La fascination pour les crimes de sang relève de la pathologie. Mais la fascination pour les délinquants est, elle, plus banale. Et elle est double : elle porte autant sur la délinquance elle-même, que sur leurs personnes. La fascination pour la délinquance prouve l’attrait que peut garder la transgression, si chère aux enfants, pour des gens qui réussissent pourtant à vivre en respectant les lois. Elle montre que l’on peut être honnête et cependant rêver - inconsciemment - de ne pas l’être.     

Et la fascination pour les délinquants ?  

Elle est, elle aussi, un vestige de l’enfance. Parce qu’elle exprime probablement un reste de cette toute-puissance infantile à laquelle on doit, pour grandir, renoncer, mais dont on ne fait jamais tout à fait le deuil. Les délinquants fascinent certaines personnes comme les fascinaient les héros, invincibles, de leur enfance. Et cela peut les conduire d’ailleurs à faire de ces délinquants des sortes de Robins des Bois, dont les actions seraient trop généreuses pour être répréhensibles. Voire même, en inversant les rôles, des victimes d’une justice injuste.  

Cette inversion des rôles est-elle dangereuse ?  

Elle est dangereuse, comme tout ce qui est fondé sur un aveuglement, parce qu’elle occulte l’essentiel : en l’occurrence les victimes, et leur souffrance. Et elle est particulièrement dangereuse pour les enfants et les adolescents, parce qu’elle peut les conduire à prendre ces délinquants pour modèles.  

Il est donc important de les ramener à la réalité. En leur expliquant d’une part, qu’un criminel n’a rien d’admirable, parce que ce qu’il fait est horrible. Et qu’il est même à plaindre, parce qu’il est, sans le savoir, victime d’une histoire personnelle qui l’a conduit à avoir besoin de cette horreur. Et que, d’autre part, si l’on peut être fasciné par certains délinquants (qui n’ont pas de sang sur les mains), parce qu’ils font preuve, dans leur domaine, d’un certain talent, ils sont, eux aussi, à plaindre. Parce que, si on les avait aidés à investir ce talent dans des activités légales, ils auraient surement pu devenir célèbres sans faire de mal à personne, et sans finir en prison…

Un surveillant pénitentiaire inspecte une cellule de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où est incarcéré le braqueur Redoine Faïd.
Un surveillant pénitentiaire inspecte une cellule de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où est incarcéré le braqueur Redoine Faïd. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)