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C'est dans ma tête. Leur faire aimer la lecture ?

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 Le Salon du Livre 2018 se tient Porte de Versailles à Paris jusqu'au lundi 19 mars. Claude Halmos revient sur un problème qui préoccupe les parents : comment faire aimer la lecture aux enfants ? 

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Radio France
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Aimer lire devient difficile pour de nombreux enfants. Les écrans leur apprennent trop à être passifs
 (JACQUES DEMARTHON / AFP)

 Le Salon du Livre 2018 se tient à Paris Porte de Versailles, jusqu'à lundi 19 mars. franceinfo revient avec la psychanalyste Claude Halmos sur une question qui préoccupe beaucoup les parents : comment donner aux enfants le goût de la lecture ?  

C’est effectivement une question qui préoccupe beaucoup les parents. D’autant qu’ils redoutent de plus en plus, aujourd’hui, l’influence des écrans. 

Pensez-vous que les écrans empêchent les enfants de lire ?  

Les écrans peuvent empêcher les enfants de lire, s’ils y ont accès trop tôt et s’ils y passent trop de temps. Parce que les écrans mettent l’enfant dans une position passive : il est envahi, passivement, par des images que d’autres ont fabriquées. Alors que la lecture, elle, est comme le jeu, un processus actif. Quand un enfant empile des cubes, il imagine des formes. Et, que l’on soit adulte ou enfant, quand on lit, on se "fabrique", à partir de ce qu’on lit, des images : on donne une tête à Jean Valjean ou à Cosette, par exemple. Et c’est si vrai que, si une œuvre que l’on a lue est "portée à l’écran", on peut être gêné par le physique des comédiens.

Donc si un enfant a été, trop et trop tôt habitué à cette passivité, il peut trouver la lecture, difficile. Mais, s’il utilise les écrans avec modération, et s’il a, par ailleurs, des activités qui l’incitent à la créativité, il peut se servir de ces écrans pour nourrir son imagination : inventer par exemple des jeux, à partir de ce qu’il a vu.      

Comment les parents peuvent-ils inciter leur enfant à lire ?  

Je crois que les difficultés, en matière de lecture, ont des causes à la fois individuelles et sociales. Les parents, par exemple, parce qu’ils sont angoissés par l’avenir de leurs enfants, leur présentent souvent la lecture comme une obligation, une démarche indispensable pour réussir. Et c’est une erreur. Parce que la lecture est avant tout un plaisir : un livre est un voyage, une aventure, une découverte.  Et il faudrait  faire découvrir la lecture aux enfants comme on leur fait découvrir la cuisine chinoise ou les jeux dans la neige.

Et puis les parents refusent aussi souvent à leurs enfants, des lectures qu’ils considèrent comme mineures, les BD par exemple. Et cela aussi est une erreur. Lire une BD, c’est lire. Et cela peut d’ailleurs permettre à l’enfant, de découvrir ensuite d’autres formes de littérature. Et puis surtout les parents voudraient souvent que leurs enfants aiment lire alors qu’eux-mêmes n’aiment pas cela.  Et les enfants perçoivent cette contradiction.    

Que peuvent faire les parents qui n’aiment pas lire  ?  

Ils peuvent simplement dire la vérité à leur enfant. Lui expliquer qu’ils n’ont pas eu la chance d’être initiés à la lecture, mais qu’ils voudraient que, lui, le soit. Et ils peuvent ensuite l’accompagner dans des bibliothèques, dans des librairies, où des adultes qui aiment lire pourront lui faire découvrir la magie des livres.

Mais je crois que, par rapport à tout cela, il faudrait surtout ne pas oublier que, pour beaucoup de gens, le livre est un objet totalement étranger à leur univers, et qu’ils peuvent même ressentir comme un objet ennemi, parce qu’il est le symbole d’une culture dont ils ont été exclus. Et cela pose le problème de l’école. Parce que l’école devrait être là pour compenser les inégalités culturelles qui découlent des inégalités sociales. Et donner aux enfants ce à quoi leurs parents n’ont pas eu droit : le goût de la lecture, par exemple.  

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