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C'est dans ma tête. Les perdants

Le premier tour de l'élection présidentielle est passé et, comme à chaque élection, des candidats ont perdu, à l’issue d'une campagne dans laquelle ils avaient mis beaucoup d’énergie et d’espoirs. Nous aimerions revenir sur ce qui peut se passer dans la tête d’un homme politique qui perd une élection.  

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François Fillon, le 23 avril 2017,  lors de son discours le soir du premier tour, au siège de sa campagne électorale comme candidat des Républicains. 
François Fillon, le 23 avril 2017,  lors de son discours le soir du premier tour, au siège de sa campagne électorale comme candidat des Républicains.  (THIERRY ORBAN / GETTY IMAGES)

C’est évidemment particulier à chacun. Mais on peut dire, de façon générale, que perdre une élection revient à subir une triple perte.

La première perte : le pouvoir

Il y a d’abord une première perte, qui est une perte réelle et donc la même pour tous : en perdant une élection on perd la circonscription, (la place, le poste) que l’on convoitait. Et, par là même, la rémunération (quand il y en avait une) et surtout le pouvoir qui était lié à ce poste. Et cette perte de pouvoir est d’autant plus importante qu’elle s’accompagne en général d’une perte de pouvoir, d’influence, dans la formation politique à laquelle on appartient. Et, donc d’une perte de temps, d’un recul dans la progression de sa carrière politique.

La seconde perte, plus imaginaire

La seconde perte est moins réelle et plus imaginaire mais elle est probablement, elle aussi, à peu près la même pour tous. Parce que le fait d’être battu provoque inévitablement chez le perdant, une "blessure narcissique". C’est à dire une atteinte (plus ou moins forte et plus ou moins durable) à l’image qu’il a de lui-même.

Et c’est vrai d’ailleurs pour tous les échecs et dans tous les domaines :  la réussite donne une meilleure image de soi que l’échec, tout le monde le sait.

Mais, dans le domaine de la politique, cette blessure narcissique est aggravée, parce que l’échec y est clairement la conséquence d’un rejet : les électeurs ne veulent plus de l’homme politique (ce qui est d’autant plus violent que sa campagne s’est souvent faite sur sa personne, plus encore que sur ses idées). Et surtout parce que l’échec y est non seulement public mais amplifié par les médias.

Apprendre à perdre

Le perdant doit supporter les commentaires et savoir que ses réactions vont être filmées en gros plan et diffusées dans toute la France et au delà.

Ce n’est pas forcément facile à supporter…

Le troisième niveau est le plus personnel : celui de l’inconscient. C’est à dire celui de la question de savoir ce que représente pour chaque homme politique, compte tenu de son histoire personnelle, le fait d’être adoubé ou rejeté.  Et c’est ce niveau-là, qui en dernière analyse, conditionne la façon dont il va pouvoir supporter l’échec.

Pour supporter un échec de ce type, il faut avoir un narcissisme suffisamment solide (une bonne image de soi). Ne pas avoir besoin de la réussite pour compenser ou réparer des drames de son histoire personnelle (sinon la blessure est trop grande et elle peut conduire à faire n’importe quoi). Et il faut aussi avoir appris, depuis son enfance, à perdre. Parce que perdre, cela s’apprend. Les parents qui trichent aux jeux pour faire gagner leurs enfants et leur épargner la souffrance de l’échec, au lieu de les aider à l’accepter et à le supporter ne leur rendent pas service. Surtout si ces enfants sont appelés plus tard à faire de la politique…

 

François Fillon, le 23 avril 2017,  lors de son discours le soir du premier tour, au siège de sa campagne électorale comme candidat des Républicains. 
François Fillon, le 23 avril 2017,  lors de son discours le soir du premier tour, au siège de sa campagne électorale comme candidat des Républicains.  (THIERRY ORBAN / GETTY IMAGES)