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C'est dans ma tête. Les "gilets jaunes" expliqués aux enfants

Quand une situation sociale affecte la vie d’un enfant, elle le concerne. Claude Halmos nous dit comment lui en parler. 

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Des \"gilets jaunes\" bloquent le périphérique de Caen (Calvados), le 18 novembre 2018. 
Des "gilets jaunes" bloquent le périphérique de Caen (Calvados), le 18 novembre 2018.  (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Des "gilets jaunes" sur les ronds-points, des manifestations, dont certaines sont violentes. La radio, la télévision, les adultes en parlent. Et les enfants ? Les parents s’interrogent : faut-il, surtout quand ils sont petits, leur parler de ce qui se passe ? à partir de quel âge ?

Dire à l'enfant ce qui le concerne

Le principe est toujours le même : on ne doit, en aucun cas, tout dire à un enfant, mais on doit lui dire ce qui le concerne. Et quand une situation sociale affecte la vie d’un enfant, elle le concerne.

Comment l'enfant est-il affecté ? 

Les adolescents savent ce qui se passe, et il est important d’en discuter avec eux. Mais les enfants petits sont, eux, littéralement plongés dans l’actualité. Elle est une sorte de bruit de fond permanent qui est susceptible de les atteindre, à tout moment, par le biais de la télévision, de la radio, des conversations entendues ici ou là, et même dans la cour de l’école. Et puis surtout parce qu’ils sentent, chez les adultes, une effervescence, une inquiétude, ou même une angoisse, qui leur fait comprendre qu’il se passe quelque chose.
Ils cherchent donc à comprendre ce qu’il en est, et ils peuvent, si on ne leur explique rien, imaginer n’importe quoi (et surtout le pire), voire même se croire responsables de ce qui tracasse leurs parents.

Que faut-il leur dire ?

La vérité. En sachant qu’ils peuvent, même à trois ans, la comprendre. Les "gilets jaunes" sont en colère parce que beaucoup de choses ne vont pas dans leur vie : ils travaillent beaucoup, mais ils n’arrivent pas à gagner assez d’argent ; alors que tout ce qu’ils doivent acheter pour vivre, avec leurs familles, est de plus en plus cher. Et, en outre, ils ont l’impression que personne ne prend leurs problèmes au sérieux, parce que chaque fois qu’ils ont essayé d’en parler, on ne les a pas écoutés. Alors ils ont décidé de descendre dans la rue, pour le crier très fort, tous ensemble. Cela s’appelle : faire une manifestation.

Expliquer la violence

Bien sûr. Et, là aussi, dire la vérité. Il y a, dans les manifestations, des "casseurs", c’est à dire des gens qui ne viennent pas crier fort avec les autres, mais profiter de la foule, pour tout casser, surtout les vitrines des magasins, afin de voler ce qu’il y a dedans. Et ils font cela, parce que, quand ils étaient petits, et qu’ils voulaient, par exemple, prendre les affaires de leurs copains ou les frapper, au lieu de leur parler, les adultes ne leur ont pas dit que c’était interdit. Alors, ils ont continué. Ils ont trouvé cela de plus en plus rigolo, et ils sont devenus des grandes personnes dangereuses, que la police doit arrêter.

Les précautions à prendre

On parle comme on le peut, avec les mots qui viennent. Ce n’est pas grave parce que, si l’enfant ne comprend pas, il se sentira, puisqu’on lui a parlé, autorisé à poser des questions. Il faut seulement essayer de parler sobrement, sans entrer dans des détails qui pourraient lui faire peur. Et il faut, bien sûr, l’éloigner- en lui expliquant pourquoi- des images de la télévision, qui peuvent être traumatisantes pour lui.

Des \"gilets jaunes\" bloquent le périphérique de Caen (Calvados), le 18 novembre 2018. 
Des "gilets jaunes" bloquent le périphérique de Caen (Calvados), le 18 novembre 2018.  (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)