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C'est dans ma tête. Les enfants, l'école et la laïcité

 La cour d’Appel du tribunal administratif de Lyon a examiné mardi 23 octobre l’annulation de la décision prise par le maire de Chalon sur Saône, Gilles Platret, de supprimer les menus de substitution au porc, dans les cantines scolaires de la ville. 

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Des élèves à la cantine à Montpellier (Hérault), en septembre 2018. (Illustration).
Des élèves à la cantine à Montpellier (Hérault), en septembre 2018. (Illustration). (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

Le tribunal administratif de Lyon s'est donc prononcé cette semaine en faveur des menus de substitution dans les cantines. Les écoles doivent donc proposer aux élèves des repas alternatifs aux menus à base de porc.

La psychanalyste Claude Halmos évoque aujourd'hui les questions que posent ce type de mesures. Elles suscitent toujours, on le sait, beaucoup de débats, mais on parle rarement de la façon dont elles peuvent être vécues, dans les écoles concernées, par les élèves.

Pensez-vous que les élèves puissent comprendre ces mesures ?    

Pour qu’ils les comprennent, il faudrait au moins qu’elles leur soient expliquées. Or il ne semble pas qu’il ait été prévu de le faire. Ce qui montre, une fois de plus, la place à laquelle on met toujours dans notre société, quoique l’on en dise, les enfants.        

Comment les élèves peuvent-ils ressentir de telles mesures ?    

Les élèves qu’elles concernent les ressentent toujours, même quand ils sont encore trop jeunes pour l’exprimer, comme des violences. Parce qu’un enfant a besoin, pour aller bien, de sentir qu’il est comme les autres, qu’il a les mêmes droits, la même valeur, et que les lois du monde dans lequel il vit, garantissent cette égalité. Si, le jour où l’on sert du porc à la cantine, un enfant musulman peut prendre un autre plat, il sait qu’il a, comme les autres élèves, une place à part entière dans l’école et, au-delà, dans la société.

S’il n’y a pas d’autre plat, il se sent non seulement rejeté, exclu (avec ce que cela suppose de railleries éventuelles de ses camarades), mais mis dans l’obligation, s’il veut être comme eux, de trahir ses parents et une croyance à laquelle ils tiennent. C’est pour lui très violent, et surtout très dangereux. Parce qu’une violence de ce type fait toujours naitre inconsciemment, chez un enfant, de la violence. Et cette violence peut très bien le pousser un jour vers l’extrémisme.          

Une telle mesure ne peut pas permettre aux enfants de comprendre ce qu’est la laïcité ?  

 Un enfant peut comprendre ce qu’est la laïcité si l’on mène, en le lui expliquant, un combat pour la défendre. Mais, là, ce n’est pas le cas. Parce que les menus de substitution ne mettent en cause ni l’ordre public ni la laïcité. Elle serait mise en cause si les familles musulmanes demandaient par exemple que les écoles de France ne servent plus de porc. Parce que cela reviendrait à exiger qu’un précepte religieux, qui relève de la vie privée, prenne force de loi dans l’espace public.

Les menus de substitution sont seulement un moyen que les élèves de confession musulmane puissent fréquenter l’école de la République, sans avoir à renier les croyances de leurs familles. Et, à ce titre, ils sont un facteur d’intégration. Parce qu’une intégration réussie consiste à pouvoir devenir français, sans pour autant renier ses origines.

Ce qu’exprimait fort bien Charles Aznavour, quand il disait qu’il se sentait 100% français, et 100% arménien. Et il faudrait d’ailleurs aller plus loin. Et permettre à chaque élève de comprendre, grâce à un enseignement laïc et sérieux des religions, les fondements des croyances des autres.

La laïcité permet la tolérance, et la tolérance suppose la connaissance 

Claude Halmos

          

Des élèves à la cantine à Montpellier (Hérault), en septembre 2018. (Illustration).
Des élèves à la cantine à Montpellier (Hérault), en septembre 2018. (Illustration). (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)