C'est dans ma tête, France info

C'est dans ma tête. Le burn-out, maladie professionnelle ?

Une proposition de loi présentée par La France Insoumise, a été rejetée par la Commission des Affaires Sociales. Elle proposait que les pathologies psychiques, résultant de l’épuisement professionnel, soient reconnues comme maladies professionnelles.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
avatar
Claude HalmosfranceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Le burn-out, une maladie professionnelle de plus en plus fréquente. \"Reconnaître les souffrances qui viennent de la vie sociale serait vraiment une mesure d’utilité publique\" Claude Halmos. 
Le burn-out, une maladie professionnelle de plus en plus fréquente. "Reconnaître les souffrances qui viennent de la vie sociale serait vraiment une mesure d’utilité publique" Claude Halmos.  (MAXPPP)

Une proposition de loi présentée par La France Insoumise et rejetée cette semaine par la Commission des Affaires Sociales, proposait que les pathologies psychiques, résultant de l’épuisement professionnel, soient reconnues comme maladies professionnelles.  

Comment expliquer le rejet de cette proposition de loi ?  

Cette proposition de loi reposait sur l’idée que le travail peut rendre les salariés malades, non seulement dans leur corps, mais dans leur tête. Et son rejet montre que cette idée est encore très difficilement admise par notre société.  

Pour quelles raisons ?  

Le psychisme est toujours aujourd’hui référé, pour l’essentiel, à la vie privée. On considère que la vie professionnelle peut générer du stress et de la frustration, mais que les souffrances psychiques importantes et invalidantes ne pourraient venir que de la vie privée.

On admet par exemple qu’une personne qui a perdu un être cher, puisse faire, à la suite de ce deuil, une dépression. Mais si quelqu’un fait une dépression parce qu’il a perdu son travail, on invoque toujours, pour l’expliquer, une fragilité psychologique antérieure à son licenciement. Et d’ailleurs, chaque fois qu’une vague de suicides a lieu, dans une entreprise, on va systématiquement rechercher, dans la vie de chacune des victimes, ce qui pouvait ne pas aller.  

Pourquoi donnerait-on cette place secondaire à la vie professionnelle ?  

En premier lieu, pour des raisons politiques. Les tenants de l’économie libérale ont tout à fait intérêt à faire croire que la vie psychique des salariés s’arrête à la porte des entreprises. Il est déjà difficile de faire reconnaître les maladies professionnelles qui affectent le corps. Si l’on disait, en plus, que les conditions de travail peuvent aussi affecter le psychisme, cela obligerait à réfléchir sérieusement à ces conditions de travail. Et à reconnaître aussi bien la responsabilité des entreprises, que celle de l’ensemble de la société dans laquelle ces entreprises fonctionnent.    

Il y a d’autres raisons que des raisons politiques ?  

Je crois qu’il y a, en la matière, une très grande responsabilité de ceux que l’on appelle "les psys". Ces psys qui interviennent aujourd’hui dans tous les médias et qui, dans leur grande majorité, ne parlent que de la vie privée (du rapport à soi-même, au couple, aux enfants etc…). Et même développent, pour certains, des théories, aux termes desquelles on pourrait trouver le bonheur tout le temps et partout. Ce qui revient à nier, de fait, l’importance des conditions dans lesquelles vivent les gens, et donc l’importance de la vie sociale.  

Vous pensez que reconnaître le "burn- out" comme maladie professionnelle serait important ?  

ll faudrait préciser ce que l’on entend par "burn-out", parce que ce mot est un peu devenu un "mot valise". Mais cette reconnaissance obligerait les entreprises à réfléchir à leur fonctionnement. Et elle donnerait des repères aux salariés qui, prisonniers de l’idéologie ambiante, s’imaginent trop souvent quand ils "craquent", qu’un plus solide qu’eux aurait été capable de résister. Ce qui est faux, mais les amène souvent à se dévaloriser et à se culpabiliser. Jusqu’à parfois en éprouver une honte d’eux-mêmes, qui peut les conduire à l’isolement et à la dépression. Reconnaître les souffrances qui viennent de la vie sociale serait vraiment une mesure d’utilité publique…  

Le burn-out, une maladie professionnelle de plus en plus fréquente. \"Reconnaître les souffrances qui viennent de la vie sociale serait vraiment une mesure d’utilité publique\" Claude Halmos. 
Le burn-out, une maladie professionnelle de plus en plus fréquente. "Reconnaître les souffrances qui viennent de la vie sociale serait vraiment une mesure d’utilité publique" Claude Halmos.  (MAXPPP)