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C'est dans ma tête. La moralisation de la vie publique

 La loi sur la moralisation de la vie publique entre en vigueur cette année. 

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La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, assiste à l\'examen du projet de loi de moralisation de la vie publique, le 25 juillet 2017, à l\'Assemblée nationale, à Paris.
La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, assiste à l'examen du projet de loi de moralisation de la vie publique, le 25 juillet 2017, à l'Assemblée nationale, à Paris. (MAXPPP)

On sait que la loi sur la moralisation de la vie publique qui entre en vigueur cette année, interdit les emplois familiaux, supprime la réserve parlementaire etc… Est-ce que de telles mesures peuvent avoir un réel impact psychologique sur nos concitoyens ?  Les précisions de la psychanalyste Claude Halmos. 


Je crois que, au-delà des mesures concrètes qu’elle met en place, et que le "grand public" ne connaît pas forcément, le fait même que cette loi existe peut avoir un impact important.  

Un impact important ? Pour quelles raisons ?  

Parce qu’elle montre une volonté de changer un fonctionnement que beaucoup de gens ne supportent plus, mais dont surtout ils souffrent, beaucoup plus profondément qu’on ne le croit. On sait qu’aujourd’hui une grande partie des électeurs ne fait plus confiance aux politiques, parce qu’ils ont l’impression que ces politiques non seulement ne s’occupent pas de leurs problèmes mais, au moins pour certains, n’utilisent leur fonction que pour les avantages qu’elle peut leur procurer. C’est une idée, psychologiquement, très destructrice. Parce qu’elle met les électeurs dans une position qui évoque celle de l’enfant qui voit ses parents profiter de la vie sans s’occuper de lui. Mais c’est aussi une idée très dangereuse.

Pourquoi ? Parce qu’elle est un facteur de désespérance. Et qu’il est très facile de transformer le désespoir en haine. Quand on est dans la haine, on a l’impression d’exister, de ne plus être écrasé. On a le sentiment de prendre sa revanche et d’avoir un pouvoir, même s’il est illusoire. Et on sait que, de tout temps, l’extrême droite a travaillé à transformer le désespoir en haine. En présentant les instances dirigeantes comme totalement corrompues et en proposant, de surcroit, des boucs émissaires.  

Vous pensez que cette loi pourrait aider à sortir de là ?  

Oui. Parce qu’elle montre une volonté d’obliger les élus à être ce qu’ils devraient être dans une république : des hommes et des femmes au service de la population. Mais tout va dépendre, bien sûr, de la façon dont cette loi va être appliquée. Parce que les électeurs ne sont pas prêts à croire sur parole. Ils attendent des preuves. Mais il y une aspiration profonde au changement. Et un grand désir de se rassembler autour de choses auxquelles on puisse croire.

Et il y a des évènements qui le montrent. Par exemple la façon dont des milliers de gens, qui restent chez eux les jours où ils devraient voter, peuvent descendre en masse dans la rue, sans aucune violence et dans un sentiment d’union, parce qu’ils sont bouleversés par l’assassinat de journalistes ou par la mort d’un chanteur dans lequel ils se reconnaissaient. Les deux événements peuvent sembler très éloignés l’un de l’autre, mais ils ont en commun d’être des rassemblements autour de valeurs auxquelles on aspire. Et il faudrait y réfléchir.    

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, assiste à l\'examen du projet de loi de moralisation de la vie publique, le 25 juillet 2017, à l\'Assemblée nationale, à Paris.
La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, assiste à l'examen du projet de loi de moralisation de la vie publique, le 25 juillet 2017, à l'Assemblée nationale, à Paris. (MAXPPP)