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C'est dans ma tête. Enfant martyre de l'A10 : les conséquences du drame sur ses frères et soeurs

On sait aujourd'hui qui est la petite fille retrouvée en 1987 sur l'A10. Grâce à une analyse ADN, "la petite martyre de l'autoroute A10", découverte sans vie le 11 août 1987, a désormais une identité, un nom. 

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La tombe de la petite Inass, surnommée la \"petite martyre de l\'A10\", à Suèvres (Loir-et-Cher).
La tombe de la petite Inass, surnommée la "petite martyre de l'A10", à Suèvres (Loir-et-Cher). (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

On connaît désormais l’identité de l’enfant martyre qui avait été retrouvée en 1987 sur l’autoroute A10. Et l’on sait aujourd’hui que cette petite fille était la troisième d’une fratrie de sept enfants. Ses parents ont été arrêtés le 12 juin dernier mais nient le meurtre de la fillette. On peut donc s’interroger avec la psychanalyste Claude Halmos sur ce qu’ont pu vivre ses frères et sœurs.

Quelles conséquences un tel drame peut-il avoir eu sur ses frères et soeurs ?

Ces conséquences sont nécessairement particulières à chaque enfant. Mais elles ne peuvent être, pour tous, que terribles. Car on sait qu’il y avait, avant cette petite fille, deux enfants, et qu’elle a vécu avec eux à partir de 18 mois. Ils ont donc forcément assisté aux tortures qu’on lui faisait subir, et peut-être même à sa mort, ce qui est lourd de conséquences.

Ils ont en effet assisté à des scènes qui ont été traumatisantes, mais qui ont pu avoir aussi, pour eux, valeur d’initiation au plaisir que l’on peut prendre à faire souffrir un plus faible que soi. Et d’initiation - ce qui est très grave - par leurs parents, c’est-à-dire par ceux qui auraient dû être, pour eux, les garants de la loi et de la sécurité.

Ces enfants se sont donc construits dans le huis clos d’un monde terrifiant et fou. Et probablement aussi dans la culpabilité. Les frères et sœurs d’un enfant maltraité peuvent en effet se sentir coupables de ce qui lui arrive, en imaginant qu’ils l’ont provoqué. Et d’autant plus coupables que, tenus comme ils le sont au secret, ils peuvent se penser complices de leurs parents.  

Et les enfants nés après cette petite fille ?  

Soit ils ont été informés par les plus grands de ce qui était arrivé, et ils ont été pris, eux aussi, dans le silence et le secret par rapport à ce cauchemar, impensable, qui les a précédés. Soit ils n’en ont rien su, parce que la mort de leur sœur était devenue, dans l’histoire familiale, un secret.

Et l’on sait que ces secrets sont toujours destructeurs pour les enfants d’une famille, et souvent même, pour les générations suivantes. Parce que, comme chacun connaît - inconsciemment - la vérité, et qu’elle ne doit pas être dite, il ne peut l’exprimer que par des angoisses, des symptômes divers et même des répétitions, comme la délinquance par exemple.    

Quel rôle peut jouer la découverte de la vérité ?

Un rôle énorme. Ces enfants se sont construits dans l’idée - consciente et/ ou inconsciente - que l’on pouvait tuer sans être puni. Or ils viennent d’avoir la preuve que ce n’est pas vrai, que personne n’est au- dessus des lois. Ce qui est un repère essentiel, pour eux comme pour leurs enfants, et un facteur de réassurance :

Un monde dans lequel on peut, impunément, tuer ne peut être vécu que comme extrêmement dangereux et angoissant

Claude Halmos

Mais le choc de cette découverte a dû être tellement violent pour eux, que l’on ne peut qu’espérer qu’on leur a proposé une aide psychologique.    

La tombe de la petite Inass, surnommée la \"petite martyre de l\'A10\", à Suèvres (Loir-et-Cher).
La tombe de la petite Inass, surnommée la "petite martyre de l'A10", à Suèvres (Loir-et-Cher). (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)