États-Unis : une école propose à ceux qui détestent les armes à feu d'apprendre à s'en servir

Le travail de cet instructeur à Los Angeles consiste déjà à convaincre ses élèves de prendre l'arme en main.
Article rédigé par Loïc Pialat
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Ton Nguyen, en arrière plan, apprend à un de ses élèves à se servir d'une arme. (FRANCINE ORR / LOS ANGELES TIMES)

Les cours de maniement des armes à feu ont lieu à l'école "L.A. Progressive shooters", soit les tireurs progressistes de L.A. Ce nom est d'ailleurs voulu, afin de tenir à distance certains amateurs d'armes, un peu trop enthousiastes. Un journaliste du Los Angeles Times a assisté à un cours, où personne n'a tiré pendant deux heures. Il compare l'instructeur à un professeur de yoga ou de surf, qui insiste beaucoup sur la respiration et dont une grande partie du travail consiste déjà à convaincre ses élèves de prendre l'arme en main, et de démystifier l'objet pour des personnes, qui en ont horreur.

L'instructeur n'est pas dans une logique militante, note le journaliste, à l'inverse d'organisations marquées à gauche politiquement, comme The Pink Pistols ou le John Brown Gun Club. Une des élèves a pleuré face à l'arme, ce qui n'est, apparemment, pas inhabituel. Elle dit qu'elle veut apprendre à se défendre parce qu'elle ne fait pas confiance à la police pour la protéger, mais qu'elle a été traumatisée par le meurtre de son oncle dans sa jeunesse.

Tom Nguyen, l'instructeur, est un homme d'une cinquantaine d'années, fasciné, et même obsédé au départ, par les armes depuis l'adolescence. Sauf qu'il avait ramené au lycée, le pistolet de son père et qu'un coup était parti, manquant de blesser un ami. Cet incident l'a rendu prudent et après avoir arrêté ses études, rejeté par ses parents et sa petite amie, il a acheté une arme avec l'idée de se suicider. Il a tenu bon et a retrouvé goût à la vie petit à petit.

Il a travaillé dans le marketing et le milieu de l'art à Los Angeles, plutôt entouré de libéraux donc. Un jour en 2020, après les émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd, un musicien dans son entourage a acheté une arme et lui a demandé des conseils sur comment s'en servir. "Je suis marié, je n'aime pas les armes, mais je ne veux pas être le seul, à ne pas en avoir", lui a-t-il expliqué. Avec le bouche à oreille, d'autres personnes issues du milieu de l'art, plutôt réfractaires aux armes, sont venues le voir. Il a fini par lancer sa propre société en septembre 2020 qui compterait 300 étudiants en 2024.

De plus en plus d'Américains possèdent une arme

2020 a été une année charnière aux États-Unis, en ce qui concerne les armes à feu, parce qu'il y a eu ce contexte très particulier de tensions liées à la présidence de Donald Trump, à la pandémie et surtout aux émeutes suivant la mort de George Flyod. Des émeutes, parfois violentes, qui ont effrayé beaucoup d'Américains, y compris chez les libéraux. Selon un sondage de NBC News, de septembre 2023, 52% des Américains disent avoir une arme dans leur foyer, contre 46%, quatre ans plus tôt. Chez les démocrates, la proportion est passée de 33 à 41% sur la période.

En Californie, la part des propriétaires d'armes à feu, déclarés à l'État, a bondi de 2,3 millions de personnes en 2018, à 3,5 millions, début 2024. C'est un peu comme si les Américains s'étaient résignés et que la réponse au problème des armes à feu ne passerait donc pas forcément par moins d'armes, mais plutôt par le fait d'en avoir une et d'apprendre à s'en servir.

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