8h30 Toussaint-Aphatie, France info

"Les Bleus gagnent parce qu’ils jouent tous ensemble. Si la politique pouvait s’inspirer de ça", souhaite Jean-Louis Debré

L'ancien président du Conseil constitutionnel et de l'Assemblée nationale a estimé, mercredi sur franceinfo, que l'équipe de France avait donné une leçon, en montrant sa "solidarité" 

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Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel, invité de franceinfo le 11 juillet 2018.
Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel, invité de franceinfo le 11 juillet 2018. (RADIO FRANCE / FRANCE INFO)

Au lendemain de l'accession de l'équipe de France en finale de la Coupe du monde, l'ancien président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, invité de franceinfo mercredi 11 juillet, a comparé le football et la politique. "C'est un sport que les politiques devraient s'accaparer. C'est la solidarité de l'équipe, 'un pour tous et tous pour un', un pacte collectif. Les Bleus gagnent parce qu’ils jouent tous ensemble. Si la politique pouvait s’inspirer de ça", a-t-il déclaré. 

"Je ne connais pas un sport qui, collectivement, peut donner cette émotion", a poursuivi l'ancien ministre de Jacques Chirac. Or, souligne Jean-Louis Debré, "c'est une constante de la politique, que les talents individuels aient du mal à se mettre au service du collectif".

Peu féru de football de son propre aveu, Jean-Louis Debré s'est dit malgré tout enthousiasmé par "l'envie d'espérer" véhiculée par le football : "Ce qui est important, c'est cette image collective. (...) On est portés par une espérance collective, je trouve ça très beau et très émouvant." Autre source d'inspiration, l'attitude des Bleus, restés prudents, hier soir, malgré leur victoire. "Il y a une épreuve, on l'a traversée ensemble, on reste concentrés dans son travail pour aller jusqu'au bout", a résumé Jean-Louis Debré. "Ça aussi, c'est un enseignement", a souligné l'ex-président de l'Assemblée nationale, au perchoir entre 2002 et 2007.

"On ne joue pas avec la Constitution" 

"Petit à petit, sans reflexion générale, on est en train de transformer nos institutions en régime complètement présidentiel, avec la disparition progressive de la fonction de Premier ministre", a pointé Jean-Louis Debré, deux jours après le discours d'Emmanuel Macron devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles. Les députés ont débuté hier l'examen de la révision constitutionnelle voulue par le président de la République. "C'est un vieux travers français de modifier nos règles constitutionnelles régulièrement, regrette Jean-Louis Debré. C'est comme si vous jouiez au football et que vous n'arriviez pas à marquer. Il y a deux façons pour marquer : soit vous travaillez plus, soit vous changez les règles. Nous, on change. On est le seul pays au monde où l'on change les règles aussi souvent."

Pour l'ancien président de l'Assemblée nationale, Emmanuel Macron, en voulant répondre au Congrès, fait glisser la République vers "un système où la concentration du pouvoir est terrible et où le président de la République est à la fois de le guide de la nation - article 5 de la Constitution - mais aussi le Premier ministre, chef du gouvernement".

"Cela me fait penser à la monarchie, où Richelieu était le principal ministre", a poursuivi l'ex-président de l'Assemblée nationale, avant de conclure : "On ne joue pas avec la Constitution."

Par ailleurs, Jean-Louis Debré a fait part de ses "doutes", un an après l'élection d'Emmanuel Macron"Un doute sur sa personnalité et une interrogation sur sa politique", a-t-il précisé. 

"On n'a pas le sentiment qu'il écoute les Français, du moins qu'il les entende", a estimé Jean-Louis Debré, qui critique une action présidentielle qui manque de lisibilité. Il a cité les retraites, les APL "rabotés" en même temps que la suppression de la taxe sur l'exportation des capitaux "au motif qu'elle ne rapporte rien", ainsi que "la commande de vaisselle pour l'Elysée d'un demi-million d'euros""La politique est devenue un métier du spectacle et on est dans un spectacle, a déploré Jean-Louis Debré. Vous ne pouvez pas demander à certains des efforts légitimes, justifiés, et d'autre part avoir, entre guillements, des caprices. Un demi-million, pour une vaisselle !"

Regardez l'intégralité de l'entretien de Jean-Louis Debré sur franceinfo le 11 juillet 2018.

Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel, invité de franceinfo le 11 juillet 2018.
Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel, invité de franceinfo le 11 juillet 2018. (RADIO FRANCE / FRANCE INFO)