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Réouverture des restaurants : Philippe Etchebest redoute des mesures sanitaires "draconiennes" qui pourraient "laisser tout un tas d’employés sur le carreau"

Le chef regrette de ne pas avoir entendu parler de pertes d'exploitation dans les annonces du Premier ministre pour le tourisme et redoute que le gouvernement impose une règle de 4m2 dans les restaurants. 

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Le chef étoilé Philippe Etchebest, en mars 2017.
Le chef étoilé Philippe Etchebest, en mars 2017. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

“Il ne faudrait pas qu'on laisse tout un tas d'employés sur le carreau à cause de mesures draconiennes”, a réagi sur franceinfo jeudi 14 mai le chef Philippe Etchebest après l’annonce par Edouard Philippe de la probable réouverture des restaurants le 2 juin, dans les zones vertes, près d'un mois après le déconfinement. Le membre du jury de l'émission télévisée "Top Chef" redoute particulièrement que le gouvernement impose une règle de 4m2 par client dans les restaurants : “Est-ce qu’il y 4m2 de distanciation sociale dans les avions, dans les métros, dans les RER, dans les trains ? Pourquoi nous, on serait obligé d’avoir 4m2 dans nos restaurants ?”.

franceinfo : Les annonces d'Édouard Philippe pour venir en aide au tourisme vont-elles, selon vous, remonter le moral des restaurateurs? 

Philippe Etchebest : Ce qui a été annoncé, pour moi, ce n'est pas un plan Marshall. Ce que je regrette, c’est que pas une seule fois j’ai entendu parler de pertes d'exploitation. Alors, il y a 18 milliards qui ont été annoncés. Dans cette somme d'argent, il y a les mesures de chômage partiel qui sont prises en compte, ce qui a été payé depuis le mois de mars. En plus de ça, il y a eu des mesures de prêts qui ont été annoncées. Je ne sais pas si on peut rembourser une dette avec une multitude de crédits sur les bras. Ca va quand même être assez compliqué, je pense. Et puis les crédits, il va falloir rembourser, à un moment ou un autre. C'est donc reculer pour mieux sauter. Donc, je ne peux absolument pas vous dire aujourd'hui que je suis satisfait de ce qui a été annoncé.

Pour vous, le compte n'y est pas ?

On est très très loin du compte. Malheureusement. On avait fait une proposition qui était vertueuse, en plus on était prêts à participer avec des surprimes dans les assurances, de pouvoir absorber l'aide financière nécessaire pour assumer un tiers de nos pertes d'exploitation. Pour permettre d'avoir une bouffée d'oxygène et absorber cette fermeture qui dure et l'accompagnement qui allait derrière. Parce qu'il va falloir un accompagnement avec les mesures sanitaires que j’ai entendu et ces 4 m2. Au début, franchement, j'ai cru que c'était une blague ces 4m2 et je crois encore que c'est une blague.

Selon vous, cette distanciation imposée entre les clients, c'est mission impossible dans les restaurants ?

C’est indécent. Est-ce qu’il y 4m2 de distanciation sociale dans les avions, dans les métros, dans les RER, dans les trains ? Pourquoi nous, on serait obligé d’avoir 4m2dans nos restaurants ? On s'était préparé à ce ce qu'on fasse la moitié de notre activité avec une distanciation sociale d’à peu près un mètre. Mais là, on est à moins de la moitié. Il faut moins de distanciation.

Les restaurateurs ont été les premiers à fermer. Vous serez parmi les derniers à rouvrir. Il va y avoir de la casse sociale, selon vous ?

Oui, je ne cesse de le répéter. Il y a des faillites financière et il y a aussi des faillites morales. Deux restaurateurs se sont suicidés ces derniers jours. Les dégâts que cause le virus actuellement, c’est peut-être rien par rapport avec ce qui va se passer après. Il faut anticiper aussi et voir un peu plus loin parce que ça risque d'être dramatique. Une fois de plus, je ne veux pas avoir un discours alarmiste et pessimiste parce que je suis quelqu'un de très optimiste. J'avance et je me bats toujours contre plein de choses. Mais là, il faut avoir conscience des choses et je suis obligé de dire la vérité pour prendre conscience de tout ça.

Comment faire pour trouver le bon curseur et convaincre le gouvernement que la réouverture peut se faire autrement ?

Il faut rediscuter avec le gouvernement. Je ne sais pas ce qui a été dit mais il faut que les présidents des syndicats qui nous représentent soient quand même un peu plus persuasifs. Moi, je n'ai rien entendu de ce qu'on a proposé dans le discours du Premier ministre. À côté de ça, il faut penser aussi à nos emplois. 2 millions d'emplois directs et indirects. Faudrait pas qu'on laisse un tas d'employés sur le carreau à cause de mesures draconiennes. Cela aura forcément des conséquences.

Le chef étoilé Philippe Etchebest, en mars 2017.
Le chef étoilé Philippe Etchebest, en mars 2017. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)