13h15, France 2

Quand Winston Churchill impose un reportage people au général de Gaulle pour corriger son image... un peu raide

Le Premier ministre britannique a demandé au chef de la France libre de travailler son image. Le Général se prête alors tant bien que mal à l’opération séduction avec femme, enfants et chien, mais il trouve que la publicité, "c’est vulgaire"… Extrait du magazine "13h15 le dimanche" du 8 mars 2020.

"Churchill a eu l’intuition dès le départ que de Gaulle était quelqu’un qui avait un objectif et les moyens de le remplir. Il a cru en lui dès le départ", explique l’historienne Frédérique Neau-Dufour, auteure de la biographie Yvonne de Gaulle (éd. Fayard), au magazine "13h15 le dimanche" (replay). "Et donc, Churchill va le soutenir bon gré mal gré car il ne faut pas injurier l’avenir, ce en quoi il est tout à fait visionnaire. En effet, c’est de Gaulle qui va assurer les lendemains de la France libérée."

Le Premier ministre du Royaume-Uni va prendre ce rôle de médiateur très au sérieux en se lançant alors dans une entreprise de réhabilitation du chef de la France libre, en butte à l’hostilité du président américain Franklin Delano Roosevelt. Churchill, partagé entre son indispensable allié américain et son allié français de la première heure, demande au Général de travailler son image qu’il juge… un peu raide. Il lui impose une idée très anglo-saxonne : un reportage people.

"Churchill veut me lancer comme une savonnette"

"Les Anglais avaient besoin de ça pour voir l’homme derrière le politicien, rappelle l’historien François Kersaudy, historien, auteur de De Gaulle et Churchill (éd. Perrin). On le montre en famille avec sa femme, ses enfants, son chien. Et tout le monde fond : 'C’est un être humain comme nous, c’est bien.' Mais quand il est filmé, on voit bien qu’il est raide comme un piquet. Ce sont des scènes totalement artificielles. On lui demande de poser…"

"'Churchill veut me lancer comme une savonnette', dit de Gaulle qui n’aime pas du tout ça et trouve que la publicité, c’est vulgaire", précise-t-il. Frédérique Neau-Dufour ajoute : "Néanmoins, il a saisi l’intérêt de la chose. Plus il sera connu, plus il sera visible et plus les ralliements pourront se faire avec la France libre. Il l’a accepté de plus ou moins bonne grâce, mais il l'a accepté." Le général de Gaulle a donc joué le jeu pour Winston Churchill, sans jamais se dévoiler complètement.

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