VIDEO. Poulet : les restes de l'industrie expédiés dans les DOM !

Le blanc de poulet, c’est le morceau préféré des Français. Que deviennent l’aile ou la cuisse, boudées dans l’Hexagone ? Les industriels les vendent congelées à bas prix, dans les départements d’outre mer, où ils concurrencent la production locale. L’Oeil du 20h a suivi la trace des pilons voyageurs jusqu'à La Réunion.

La Réunion, ses plages, ses palmiers, et son poulet de dégagement ! C'est le nom donné aux morceaux de poulet congelés envoyés par les industriels de la métropole et vendus à prix cassés dans les départements d'outre-mer. 

Au rayon surgelé, il se vend par sacs entiers et en cartons de 5 ou de 10 kilos. Origine France, c’est marqué sur l’étiquette. Les tarifs sont imbattables, 19,95 € le carton, soit moins de 2 euros le kilo.

Un tarif introuvable en métropole. Nous avons épluché les promotions des grandes surfaces la semaine dernière. En moyenne sur la période, d’après nos calculs, les cuisses se sont vendues en métropole à 2,86 € le kilo, contre 1,99 € à la Réunion. L’intérêt pour les industriels de l’Hexagone, est donc d’écouler les morceaux de poulet invendus, comme nous le confirme l'un d'entre eux : 

"Je vais pouvoir vendre 80% de ma production en frais, il me reste 20%, je les envoie à la congélation. Le coût logistique d’envoyer un conteneur à la Réunion est moins cher pour un industriel que d’envoyer trois palettes de frais à Paris ou à Marseille."

Les morceaux les moins bons, ils les envoient à la Réunion pour les dégager

Concurrencés par ces cuisses bradées venues de métropole, les éleveurs réunionnais perdent des plumes. L’exploitation de Philippe Fontaine est une des plus performantes sur l'île de la Réunion avec ses 13 000 poulets. En grande surface, sa volaille est vendue fraîche à 3 euros le kilo, 1 euro de plus que les produits congelés importés de l'Hexagone. Impossible selon lui de s'aligner sur les prix de la métropole : "Ce qui nous tue, c’est que les produits de dégagement; les morceaux moins bons, ils les envoient à la Réunion pour les dégager. Ils les envoient à des prix défiant toute concurrence, ça nous fait vraiment mal." 

Le comble, ces éleveurs réunionnais reçoivent environ 6 millions d’euros de subventions publiques chaque année pour se développer. A l’Assemblée nationale, le mois dernier, la députée socialiste de la Réunion, Ericka Bareigts a interpellé le ministre de l'Agriculture sur cette concurrence qu’elle juge déloyale : "En vérité M. le ministre, on ne sait pas se battre contre 1 kilo de cuisses de poulet à 1,58 euros."

Réponse du ministre de l'Agriculture : "Un kilo de cuisse de poulet à 1,58 euros, c’est exactement ça qui ne peut plus durer". Le gouvernement n’a pas encore pris de mesure contre ces importations qui nuisent à l’économie locale. Il rappelle que ces produits à bas prix soutiennent le pouvoir d’achat, ce qu'Ericka Bareigts conteste : "Si on veut faire augmenter le pouvoir d’achat des Réunionnais, c’est pas en leur donnant du poulet de basse qualité à 2 euros, c’est en leur donnant du travail. Et pour avoir du travail, il faut développer des activités économiques, dont l’élevage et l’agriculture."

Mais alors, que vaut ce poulet congelé de métropole, une fois dans l’assiette ? Pascal Simar et Didier Gibralta, restaurateurs à Saint-Denis de la Réunion, ont accepté de le cuisiner. A la cuisson, Didier Gibralta note que le poulet "ne colore pas" et qu'il est "plein d’eau”. A la dégusation, le poulet congelé de métropole ne convainc pas davantage Pascal Simar : "J’ai un petit morceau d’os, il se détache tout seul, c’est un signe de congélation. Ce poulet n'a pas de goût, il est fade, insipide" estime-t-il.

Contacté, le ministère de l’Agriculture explique qu’il ne lui pas été possible de prouver la concurence déloyale entre les industriels de métropole et les éleveurs réunionnais. Une façon de ne pas tuer la poule aux oeufs d’or ?       

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