VIDEO. A la Réunion, une médiathèque à 18 millions terminée puis abandonnée

Quand on vient d’être élu maire, on est souvent tenté de lancer des grands chantiers. Mais en cas d’alternance politique, les travaux, même terminés, peuvent être abandonnés. C'est ce qui s'est passé à Saint-Paul de la Réunion où une médiathèque terminée a été abandonnée par le nouveau maire avant d'être revendue à la région.   

Alternance politique ne rime pas toujours avec continuité. La médiathèque de Saint-Paul, sur l’île de la Réunion a coûté 18 millions d’euros mais n'a jamais servi. Livrée en mai 2015, elle n'a pas pu accueillir les plus de 800 000 euros de livres, CD et DVD qui avaient été achetés par la mairie, car entre temps, l'ancienne édile de Saint-Paul, Huguette Bello a été battue aux municipales de 2014, et le projet a été abandonné par le nouveau maire. Un "gaspillage d'argent public" qu'elle ne cesse de dénoncer depuis : "Tout était prêt, c'est scandaleux. Voilà un bâtiment qui était prêt à fonctionner mais pendant quatre ans il est resté fermé. C’est ça la gabegie."

Une médiathèque jamais inaugurée et pourtant prête à l’usage avec ses bornes d’accueil et ses imposantes fresques au plafond. Mais le nouveau maire n’en a pas voulu. La région a donc racheté le bâtiment pour le transformer en conservatoire de musique. Un bouleversement architectural : les grands espaces ont été découpés en petites salles de cours et des cloisons masquent désormais la lumière du jour. Mais plus surprenant pour un futur conservatoire, le responsable du chantier, Giovanni Grondin, explique avoir à faire à des nuisances sonores liées à l'emplacement de l'édifice : "C’est un bâtiment qui mine de rien est relativement bruyant avec la proximité de la nationale derrière. Pour chaque salle de pratique instrumentale, nous devons construire des isolations phoniques."

Aux 18 millions de départ s'ajoutent les 6 millions d'euros, coût de la métamorphose. La livraison est désormais prévue pour la fin 2019. Mais la nouvelle vocation de la médiathèque n’a pas convaincu certains habitants qui luttent toujours contre son abandon tels que Nila Spitz, membre du collectif Cimendef, qui dénonce le gigantisme du projet : "C’est démesuré, cinq étages pour 300 élèves au lieu de cinq étages pour 100 000 habitants".

Le nouveau maire, Joseph Sinimalé (LR), qui a vendu la médiathèque à la région s'inscrit en faux contre le procès en gaspillage d’argent public. Avec les fonds récoltés, il prévoit de construire de plus petites médiathèques de quartiers : "J'ai vendu la médiathèque, je reconstruis avec le même argent les médiathèques dans les différents quartiers de la commune de Saint-Paul. Et ça ne va pas coûter plus cher au contribuable.

Les contribuables réunionnais devront tout de même payer 6 millions d’euros de plus pour transformer le bâtiment en conservatoire. Des travaux qui font encore l’objet d’un recours au tribunal administratif. La symphonie de la médiathèque n’a peut-être pas finie d’être jouée.