Victoire des nationalistes en Corse : "Beaucoup de force pour demander à Paris d'ouvrir des discussions", selon Jean-Guy Talamoni

Le co-leader autonomiste a réagi à la victoire des nationalistes corses aux élections territoriales sur l'île de Beauté dimanche. Selon lui, ils ont désormais "beaucoup de force pour demander à Paris d'ouvrir des discussions". 

Jean Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse et co-leader de la liste des nationalistes, après le second tour des élections territoriales, dimanche 10 décembre 2017. 
Jean Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse et co-leader de la liste des nationalistes, après le second tour des élections territoriales, dimanche 10 décembre 2017.  (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse et co-leader de la liste des nationalistes, a réagi, dimanche 10 décembre, à la victoire de sa liste Pè a Corsica (Pour la Corse) aux élections territoriales sur l'île. Désormais, "nous avons beaucoup de force pour demander à Paris d’ouvrir des discussions" sur le projet pour lequel "nous avons été élus de manière massivement majoritaire", avec parmi les revendications prioritaires, l'amnistie des prisonniers politiques.

franceinfo : En deux ans, les choses sont allées plus vite que prévu. Les Corses sont-ils prêts pour l'autonomie ?

Jean-Guy Talamoni : Pour l'autonomie, certainement, oui ! En tout cas, nous avons pour notre part proposé un projet très clair : un nouveau statut institutionnel dans les trois ans qui viennent, avec un pouvoir législatif dans les matières économiques, sociales, culturelles, d'aménagement du territoire... À peu près tout, sauf les prérogatives régaliennes. C'est sur la base de ce projet que nous avons été élus de manière massivement majoritaire. Aujourd'hui, nous allons demander au gouvernement français d'engager des discussions avec les responsables élus de la Corse, tout en sachant qu'ils auraient préféré sans doute avoir d’autres interlocuteurs. Mais le fonctionnement démocratique a mis à la tête des institutions corses une liste composée d’autonomistes et d’indépendantistes.

Il y a un point important pour vous : le retour des prisonniers politiques, voire l’amnistie...

Tout à fait. Outre la question du nouveau statut, il y a trois points que nous voulons voir mis aux discussions. Premièrement, la co-officialité de notre langue avec le français ; deuxièmement, un statut de résident pour lutter contre la dépossession immobilière parce qu’aujourd’hui, les Corses ne parviennent plus à se loger dans leurs quartiers ou dans leurs villages ; et troisièmement, l’amnistie pour les prisonniers et les recherchés parce que dans tous les pays où un conflit de ce genre a été mené, lorsqu’il est résolu, l’amnistie permet de tourner la page.

Les Basques, eux, demandent seulement un regroupement de leurs prisonniers dans leurs régions...

Les questions basques, corses, catalanes ne sont pas superposables. Aujourd’hui, nous demandons l’amnistie compte-tenu de la situation politique de la Corse, compte-tenu de la volonté des Corses puisque l’amnistie a été validée par l’Assemblée de Corse avant même que nous [indépendantistes et autonomistes] ne prenions les responsabilités (…) Donc, nous avons beaucoup de force pour demander à Paris d’ouvrir des discussions sur ces questions. (…) Il est impensable que ceux qui ont payé le prix fort pour la Corse ne soient pas inclus dans une solution politique. Par ailleurs, la France a eu recours au XXe siècle un grand nombre de fois à l’amnistie, c’est ce qui se fait régulièrement dans ce type de situations. La France, après la guerre, a amnistié des faits extrêmement graves, des crimes. De la même manière, après la guerre d’Algérie, une amnistie a permis de passer à autre chose. Il y a également eu des lois d’amnistie pour la Nouvelle-Calédonie. Aujourd’hui, nous avons des prisonniers politiques et nous souhaitons que la France en tire toutes les conséquences et surtout qu’elle tire les conséquences de la volonté des Corses exprimée par le suffrage universel.