Sarkozy, Le Maire, Mariton : le bulletin de notes de leur campagne pour la présidence de l'UMP

A quelques heures du scrutin, francetv info donne son appréciation sur la performance des trois candidats au cours de cette bataille pour conquérir le parti.

Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et Hervé Mariton sont candidats à l\'élection pour la présidence de l\'UMP, dont le premier tour se déroule samedi 29 novembre 2014.
Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et Hervé Mariton sont candidats à l'élection pour la présidence de l'UMP, dont le premier tour se déroule samedi 29 novembre 2014. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Après des semaines, voire des mois d'une âpre bataille, l'heure de vérité a sonné pour les trois candidats à la présidence de l'UMP : samedi 29 novembre, quelque 268 000 adhérents UMP sont appelés à participer au vote électronique pour choisir qui, de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire ou Hervé Mariton, dirigera leur parti.

Si la victoire de Nicolas Sarkozy paraît assurée, ses deux rivaux ont, chacun à leur manière, cherché à marquer des points pendant cette campagne stratégique. Ont-ils réussi leur parcours ? Francetv info a dressé le bulletin de notes politique des trois candidats. 

Hervé Mariton, le troisième homme

La campagne : 6/10 "Cette campagne m’aura permis de constater que je suis en phase avec les militants, qui sont attachés à des réformes économiques et aux valeurs sur les questions de société", se félicite Hervé Mariton. Souvent qualifiée de "low cost", sa campagne a pourtant peiné au démarrage. "Le nombre de participants était faible au début, mais il est parvenu sur la fin à réunir jusqu'à 150 voire 200 personnes", se réjouit un de ses soutiens, le député Gilles Carrez.

Premier candidat déclaré, le député de la Drôme est monté en puissance au fil de sa centaine de réunions publiques. "Certes, il n'était pas très connu au départ, mais les militants ont appris à le découvrir avec sa franchise et son expertise", poursuit Gilles Carrez. Hervé Mariton estime avoir gagné en crédibilité et n'a qu'un regret, "le déséquilibre médiatique et financier" dont il estime avoir été victime.

Le respect du credo : 8/10 "Moi président, je ne me présenterai pas à la primaire." Le candidat Mariton n'a eu de cesse de rappeler qu'il prétendait uniquement à la présidence de l'UMP, contrairement à ses deux concurrents aux ambitions élyséennes plus ou moins assumées.

Libéral sur les questions économiques et conservateur sur les questions de société, Hervé Mariton a aussi cherché à capitaliser sur son image d'opposant au mariage pour tous, axant sa campagne sur les valeurs. "Même si on est en désaccord sur plusieurs points, il a mené une campagne sérieuse en défendant ses convictions avec courage", salue le député UMP Franck Riester, soutien de Bruno Le Maire. Même si d'autres conidèrent qu'il aurait pu mieux faire. "Concernant le mariage pour tous, je trouve qu'il n'a pas vraiment réussi à exploiter le filon", lâche un parlementaire UMP.

Les perspectives d'avenir : 6/10 Avec cette campagne, Hervé Mariton a surtout gagné en notoriété. "Quand il se lance dans la campagne, il n'est connu que pour ses cravates et son show à l'Assemblée pendant les débats sur le mariage pour tous", rappelle Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux. Le pourfendeur de la loi Taubira a donc gagné une stature, une reconnaissance dont il compte se servir pour la suite. "Il apparaît désormais comme le gardien des bonnes mœurs, représentant d'un bloc de droite catholique traditionaliste", ajoute le chercheur.

"Plus mon score est élevé, plus je serai en capacité de peser sur la vie de l'UMP", prédit Hervé Mariton. "Entre 5 et 10%, on peut se dire qu'il aura gagné un portefeuille ministériel assez important en cas de victoire de son camp en 2017", conclut plus prosaïquement Jean Petaux.

Appréciation générale Après des débuts difficiles, le candidat Mariton a su, par son travail, se faire une place. Efforts à poursuivre pour espérer arriver un jour au premier rang.

Bruno Le Maire, le quadra ambitieux

La campagne : 9/10 Au fur et à mesure, "l'énarque défroqué" s'est affirmé et s'est montré de plus en plus offensif. Il a combattu avec force les propositions de Nicolas Sarkozy sur le changement de nom de l'UMP comme sur une éventuelle fusion avec l'UDI. "Le Maire est dans une logique de conservation de la marque UMP, avec une stratégie plus affirmée sur sa droite", observe le député juppéiste Benoist Apparu.

L'ancien ministre de l'Agriculture a effectué un travail de terrain efficace avec près de cent déplacements dans les fédérations, pour un budget de campagne revendiqué de 200 000 euros. Il a également constitué un réseau de jeunes très investis, en s'appuyant notamment sur les réseaux sociaux. 

"Il a plutôt bien joué le coup, il a su saisir une opportunité pour apparaître comme un symbole de renouvellement, en jouant notamment sur sa différence d'âge [45 ans contre 59 pour Nicolas Sarkozy]", observe Jean Petaux. Pour incarner ce renouveau, Bruno Le Maire a martelé au fil de sa campagne ses propositions sur la transparence et la démocratie au sein de son parti. "Ensuite, dans le détail de ses propositions, on reste souvent dans le flou artistique", nuance le politologue.

Le respect du credo : 6/10 "Le renouveau, c'est Bruno.Inscrite sur les tee-shirts colorés de ses jeunes militants, la phrase rappelle les promesses du candidat Le Maire sur la rénovation de sa famille politique.

Mais s'il a cultivé son indépendance pendant la campagne, maintenant par exemple que la loi sur le mariage pour tous ne serait pas abrogée malgré les sifflets de certains militants, il a peut-être brouillé son image dans la dernière ligne droite. Après avoir affirmé au Monde qu'il ne prendrait pas de responsabilités dans la nouvelle direction de l'UMP en cas de défaite, il déclare, jeudi 27 novembre, dans "Le Talk Orange-Le Figaro" : "J'appellerai Nicolas Sarkozy pour lui dire que je travaillerai en bonne intelligence avec lui."

Les perspectives d'avenir : 9/10 Bruno Le Maire a des ambitions et ne le cache pas. "Il se situe dans le coup d'après. Sans doute qu'il essaie de négocier un poste de Premier ministre, sur lequel il se trouve déjà en concurrence avec François Baroin, soupçonne Jean Petaux. Dans la génération des quadras, il a pris un avantage par rapport aux autres." 

"Dans ce type d'élections, même quand on part battu, on peut obtenir un gain politique", ajoute le chercheur. Ses soutiens assurent qu'une alternative politique est née avec cette campagne et qu'elle ne s'arrêtera pas au soir du 29 novembre. "Après, il faut que cette nouvelle donne se concrétise dans les instances du parti", prévient Franck Riester.

Appréciation générale Bon élève, le candidat Le Maire a fourni un travail de fond qui paie. Devrait aller loin.

Nicolas Sarkozy, le revenant décevant

La campagne : 4/10 "J'ai constaté une belle dynamique pour Nicolas Sarkozy, toutes les salles étaient pleines avec une ferveur hallucinante", se félicite Antoine Sillani, le président de l'association Génération Sarkozy. Selon l'estimation du camp Sarkozy, environ 70 000 personnes se sont déplacées aux meetings pour une campagne qui aura coûté environ 250 000 euros, selon Le JDD"Il reste une bête de scène de première classe, tout à fait remarquable", interprète Jean Petaux.

Mais cette dynamique cache mal un demi-échec pour l'ex-chef de l'Etat : son retour, qui devait être triomphant, a été beaucoup plus poussif qu'espéré, et même si sa victoire est très probable, le plébiscite escompté risque de ne pas être au rendez-vous. La campagne n'a pas vraiment pris, en raison d'un problème d'image, estime Jean Petaux : "Je crois que le retour du sauveur qui a été battu, ça ne prend pas. Il a suscité le désir pendant deux ans avec sa stratégie de cartes postales et, finalement, son retour a ravivé quelques hostilités dans son camp."

Le respect du credo : 7/10 "Nous n'avons pas le droit de rester les bras croisés devant la France qui sombre." De son entrée en campagne à ses derniers meetings, l'ancien président n'a eu de cesse de dresser un tableau apocalyptique de la France afin de sculpter au mieux sa stature d'homme providentiel.

Sur le fond, Nicolas Sarkozy est revenu sur sa droite. Un positionnement qui s'explique par sa volonté de ne pas se faire doubler sur sa droite par le candidat Mariton, décortique Jean Petaux. "Il a compris que dans une formation politique, les adhérents étaient beaucoup plus radicaux que les sympathisants. Son discours très droitier lui permet de s'assurer le soutien des militants", ajoute le politologue. Une stratégie incarnée dans le meeting de Sens commun, lors duquel Nicolas Sarkozy s'est prononcé pour une abrogation de la loi Taubira. 

Les perspectives d'avenir : 7/10 Le plan de Nicolas Sarkozy était limpide. Il s'agissait de s'emparer de l'UMP pour tracer sa route vers l'élection présidentielle de 2017. Avec une victoire écrasante, il espérait pouvoir s'exonérer d'une primaire en 2016. Mais avec un score moins important que prévu, il a pris le risque, selon Jean Petaux, d'une "victoire à la Pyrrhus" avec un coût politique préjudiciable. Il n'est désormais plus le patron incontesté de sa famille, et ses adversaires, Alain Juppé le premier, fourbissent leurs armes en vue de la primaire.

Appréciation générale Si la base est solide, le candidat Sarkozy ne doit pas se reposer sur ses acquis.