Au FN, on envisage l'alliance avec l'UMP, "mais que sur notre programme"

L'UMP se déchire sur le positionnement à adopter vis-à-vis du FN. Qu'en disent les militants du Front national ? 

Marine Le Pen, présidente du Front national, aux universités d\'été du parti à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 septembre 2013.
Marine Le Pen, présidente du Front national, aux universités d'été du parti à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 septembre 2013. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Mi-ravis mi-désabusés. La nouvelle stratégie de François Fillon concernant de potentielles alliances UMP-Front national aux municipales agite la droite mais laisse les militants du Front national, réunis pour les universités d'été du parti à Marseille, samedi 14 et dimanche 15 septembre, dubitatifs.

"On n'a pas de postes à grapiller, qu'un idéal à rejoindre"

"Pourquoi pas au niveau local", se lance Eric, militant cannois, qui confie : "Pour être franc, la base de l'UMP, quand on les croise sur les marchés, ils sont à 99% d'accord avec nous." "C'est le programme de Marine avant tout", pointe tout de même Yves, sur la même ligne que Marie, Parisienne qui accepte de s'allier "uniquement si ce sont les candidats FN qui restent". 

Entre les deux, nombre de militants sont favorables au "cas par cas". "Si c'est un UMP qui n'a pas dit du mal du FN, qui a fait une bonne gestion de ses mandats et qui n'a pas voté les traités européens", pour Véronique, jeune candidate en Seine-et-Marne. "Si c'est sur les idées, et pas par logique arithmétique ou d'appareil", abonde José, tête de liste à Ajaccio. "De toute façon, on n'a rien à donner, pas de postes à grapiller, qu'un idéal à rejoindre", précise Mireille. 

Une stratégie à double tranchant 

Marine Le Pen, elle, préfère jouer le désintérêt. La présidente du FN se contente de dénoncer une "tactique interne de combat avec M. Copé". Non sans avoir renvoyé PS et UMP dos à dos : "Ils ont tenté par tous les moyens de laisser le Front national au bord, ce sont eux qui ont fait preuve du plus grand sectarisme." 

"C'est à double tranchant", décrypte pour francetv info Sylvain Crépon, auteur de Enquête au cœur du nouveau Front national (2012, Nouveaux mondes éditions). "Marine Le Pen est sur une ligne héritée du FN des années 90, celle du ni droite ni gauche 'nous sommes dans une autre logique', détaille le politologue, donc s’allier avec la droite revient à ancrer le FN à droite et à l’officialiser." 

"On peut gagner seuls"

"Le FN a intérêt à poser la question des alliances avec l’UMP pour le gêner, mais n’a pas intérêt à les concrétiser car c’est prendre le risque de se normaliser, de se banaliser", abonde le chercheur spécialiste du parti Joël Gombin, qui rappelle que "c’est ce positionnement de rupture qui est porteur pour eux". "S'ils s'allient, ils deviendront comptables d'un bilan", ajoute Sylvain Crépon, qui précise que Marine Le Pen table sur une "UMP fragilisée" et contrainte d'accepter certains points du programme en échange d'un appoint numérique dans les conseils municipaux. 

Dans les allées du parc Chanot, les militants, portés par les récents sondages, ne font guère de cas de celui du Parisien qui donne 65% de Français ayant une opinion défavorable de Marine Le Pen. Ils en sont persuadés, "on peut gagner seuls, sur notre programme", répète Marie. Le meeting de clôture de l'évènement avait d'ailleurs des allures de meeting de campagne présidentielle. Quatre ans avant l'échéance, Marine Le Pen a esquissé, dans son discours, les grandes lignes d'une "autre politique" et martelé que le vote Front national n'était plus "contestataire" mais "un vote d'avenir et plein d'espoir". Et de conclure, au futur : "Je ne travaillerai qu'au service de la France et des intérêts des Français, dans le respect strict du mandat qu'ils m'auront donné."