Ultradroite : le trait commun des militants est "qu’ils sont convaincus que la guerre raciale a commencé", selon un chercheur

Chez les "accélérationnistes, il y a l'idée qu'il faut provoquer le chaos de manière à survivre", développe Nicolas Lebourg, historien et spécialiste de l'extrême droite européenne.

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Radio France
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L'alvarium, un groupuscule de la mouvance d'ultradroite avait été créé en janvier 2018 à Angers. Il a été dissous le 17 novembre 2021 par décret. (JOSSELIN CLAIR / MAXPPP)

Après l’interpellation dans le Sud-Ouest par la DGSI mercredi de deux hommes, considérés comme des "suprémacistes blancs" et la dissolution en Conseil des ministres du groupuscule identitaire l'Alvarium, la menace ultradroite semble de plus en plus importante en France. Selon Nicolas Lebourg, historien et spécialiste de l'extrême droite européenne, invité jeudi 18 novembre sur franceinfo, les deux hommes sont "des accélérationnistes", une notion apparue chez les nationalistes blancs américains : "Il y a l'idée qu'il faut provoquer le chaos de manière à survivre", explique-t-il.

franceinfo : Qu’est-ce qu’on appelle l’ultradroite ?

Nicolas Lebourg : L'ultradroite, c'est une notion qui a été inventée en 1994 par les services de renseignement pour différencier l'extrême droite classique avec des gens qui se présentent aux élections tranquillement, et l'extrême droite, violente et potentiellement violente. C’est celle-ci qu'on appelle l'ultradroite. Selon l’estimation des services de renseignement, il y aurait aujourd'hui à peu près 3 000 personnes, 1 000 qui sont réellement des activistes, des gens potentiellement violents, 2 000 qui font la caisse de résonance des mots politiques. C'est peut-être une estimation un peu en dessous des effectifs parce que, quand on regarde aux élections européennes de 2019, il y avait une petite liste néofasciste dont il fallait soit même imprimer le bulletin de vote qui faisait 4 500 voix.

Existe-t-il un profil type des activistes d’ultradroite ?

Ce qui est certain, c'est que c'est un milieu d'abord et avant tout masculin. Par contre, il faut bien sortir des stéréotypes. Dans les années 1980, on aurait discuté, je vous aurais parlé d'un skinhead, d'un jeune homme sans diplôme, etc. On regarde le groupe Action des forces opérationnelles, vous avez des seniors, une des personnes les plus déterminées à l'action violente, une femme de la classe moyenne supérieure. Au contraire, on a aujourd'hui une ouverture de la sociologie. Leurs traits communs à tous, aujourd'hui, c’est qu'ils sont convaincus que la guerre raciale a commencé. Que la crise des réfugiés de 2015 et les attentats en France de 2015 ne sont qu'un seul et même mouvement qui est l'ouverture de la guerre raciale et que si l'Europe ne répond pas, les Blancs seront balayés.

C’est ce qu’on appelle l’accélérationnisme ?

Hier, ce sont des accélérationnistes qu'on a arrêtés. Il y en a deux autres qui ont été arrêtés il y a un mois.

"L'accélérationnisme, c'est une notion qui est apparue chez les nationalistes blancs américains sur cette idée que si les Blancs ne frappent pas les premiers, la guerre raciale va les balayer totalement."

Nicolas Lebourg, historien et spécialiste de l'extrême droite européenne

à franceinfo

Il y a l'idée qu'il faut provoquer le chaos de manière à survivre. Dans le texte du terroriste de Christchurch, par exemple, on faisait référence à cette notion. On disait même qu'il fallait voter pour les partis pro-immigration de manière à ce qu’il y ait plus d'immigrés et donc plus de chaos dans leur perception, plus de violence et plus permettre le passage à la guerre civile raciale.

Existe-t-il un réseau international ?

L’ultradroite et l'extrême droite radicale ont toujours cherché à se fédérer à l'échelle internationale. Et la particularité de l’accélérationnisme, non seulement c’est au niveau idéologique un phénomène transnational, mais cela fonctionne vraiment en nébuleuse. Il y a eu deux études qui ont été publiées par la fameuse académie américaine de West Point au début de l’été qui montraient bien comment, effectivement, il y a des échanges à l'échelle transnationale à travers les réseaux sociaux, bien évidemment, à travers Internet. C'est né sur Internet, l’accélérationnisme. Et on est vraiment sur quelque chose qui pense le monde blanc à l'échelle globale. C'est une idéologie transnationale et une pratique transnationale.

Est-ce qu’ils trouvent un écho dans le débat public en France ?

Il semble qu'effectivement, la question d'un chaos racial, d'une France submergée soit une question qui soit sortie de la radicalité pour arriver dans l'espace public. Et ce n'est pas une coïncidence. Ce qu'on voit, c'est dans les équipes de campagne qui se montent aujourd'hui autour d'Éric Zemmour, il y a ce qu'on appelle un compromis nationaliste qui est une notion qui vient de la longue histoire de l'extrême droite française. Il consiste à ce que toutes les chapelles travaillent ensemble, tous les courants idéologiques travaillent ensemble sur une espèce de programme a minima. C'est quelque chose qui avait organisé par le Front national de 1972 à 1999, lorsqu'il y eut la scission du Front national en 99, cela s'est arrêté au FN. On voit aujourd'hui que c'est en train de réapparaître, effectivement, avec des gens qui se rassemblent, y compris les plus radicaux, en se fichant de la dédiabolisation autour d'un programme électoral minimal.

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