À Bobigny, la campagne des municipales polarisée par les accusations de clientélisme

Le livre "Le maire et les barbares", de la journaliste Eve Szeftel, s'en prend directement au député de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde et au candidat à Bobigny Christian Bartholmé.

Un panneau d\'affichage de Bobigny dont les affiches pour les élections municipales ont été déchirées. 
Un panneau d'affichage de Bobigny dont les affiches pour les élections municipales ont été déchirées.  (NICOLAS JOLY / RADIO FRANCE)

"On veut à toute force nous faire dire qu'il y a un complot. C'est quand même extraordinaire, nous sommes censés nous justifier sur des témoignages de gens, dont on ne va pas chercher la crédibilité", regrette Christian Bartholmé, le candidat UDI à Bobigny (Seine-Saint-Denis) aux élections municipales.

Au cœur du problème, il y a la publication du livre Le maire et les barbares, de la journaliste Eve Szeftel. Elle décrit une ville morte, aux mains des communautaristes islamistes. Elle s'en prend aussi directement au député de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde et à Christian Bartholmé. Elle les accuse de proximité avec le "gang des barbares", des criminels responsables de l'enlèvement et l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006.

Jean-Christophe Lagarde a dénoncé sur franceinfo "un tissu d'âneries, 270 pages de mensonges", abreuvées par le candidat socialiste Fouad Ben Ahmed, affirme-t-il. Christian Bartholmé partage ses soupçons : "L'essentiel des témoins sont tous plus ou moins dans l'entourage de l'un des candidats aux élections municipales, estime-t-il, il est possible que ce soit le candidat socialiste monsieur Fouad Ben Ahmed."

Sur son bureau, le candidat UDI a donc préparé sa défense. Il a rassemblé des extraits de casiers judiciaires, des tracts de campagne de 2008 et 2014, des délibérations du conseil municipal. Autant de pièces pour clamer son innocence et réfuter tout lien avec le "gang des barbares".

Le candidat socialiste dément toute implication

De son côté, Fouad Ben Ahmed s'attendait à ces attaques. Il dénonce un stratagème pour dévier le propos et nie surtout être un "intime" de la journaliste Ève Szeftel, ce qu'avance Jean-Christophe Lagarde. "Je l'avais rencontrée à l'époque des élections départementales puisqu'elle faisait un reportage à Bobigny, raconte le candidat socialiste, c'est une journaliste qu'on rencontre quand on est un politique à Bobigny."

Cela permet à des gens qui n'ont pas une vraie existence politique sur la ville d'avoir une existence médiatique.José Mouryà franceinfo

Fondées ou non, ces accusations ont un effet très concret sur la campagne : elles polarisent le débat entre le candidat UDI et le candidat PS. C'est ce que regrette José Moury, chargé de mission au département et troisième sur la liste des communistes pour les élections municipales à Bobigny.

Rien de neuf selon lui dans les accusations, que portait déjà l'opposition contre la majorité. José Moury regrette surtout le portrait dressé d'une ville aux mains des islamistes : "La rigueur journalistique aurait voulu qu'on creuse un peu plus". "Je trouve que des raccourcis sont faits. Bobigny n'est pas une ville où on ne peut pas boire de l'alcool", affirme le communiste.

Jean-Christophe Lagarde a annoncé vouloir porter plainte après la parution du livre, tout comme Christian Bartholmé.

Le reportage de Nicolas Joly
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