Selon Mediapart, François Léotard faisait, dès 2009, un lien entre l'attentat de Karachi et les commissions non versées

L'ancien ministre de la Défense d'Edouard Balladur en aurait fait part dans une déposition devant la mission d'information parlementaire, obtenue par le site Internet. Selon lui, les commanditaires pourraient être des personnes mécontentes de n'avoir pas reçu les commissions promises dans l'affaire de la vente de sous-marins.

François Léotard
François Léotard (AFP - MIGUEL MEDINA)
L'ancien ministre de la Défense d'Edouard Balladur en aurait fait part dans une déposition devant la mission d'information parlementaire, obtenue par le site Internet. Selon lui, les commanditaires pourraient être des personnes mécontentes de n'avoir pas reçu les commissions promises dans l'affaire de la vente de sous-marins.

En 2002, 11 Français travaillant à la construction de sous-marins pour la société DCN avaient trouvé la mort à Karachi (Pakistan). Pour Léotard, il s'agirait d'une vengeance. "Je vois mal pourquoi les Pakistanais attaqueraient des Français pour des commissions versées à d'autres Français. Soit c'est Al Qaïda, mais cela paraît peu probable compte tenu de la nature des explosifs utilisés, soit c'est une vengeance de personnes n'ayant pas touché leur part de commissions", déclarait-il en 2009. "Je penche personnellement, mais c'est juste un sentiment, pour la deuxième hypothèse".

Léotard implique Sarkozy

Dans les retranscriptions publiées par Mediapart, l'ex-ministre invitait les députés à interroger son successeur, Charles Million, sur la question. Ce dernier avait été chargé par le président Jacques Chirac d'arrêter le paiement de certaines commissions en 1995, selon plusieurs dépositions également publiées. Chirac soupçonnait alors des opérations de corruption au profit de son ancien rival pour la présidentielle, Edouard Balladur.

François Léotard avait alors, sept ans après les faits, établi un lien entre les deux affaires. Un lien qui faisait l'objet de deux instructions. Devant les juges lundi, Dominique de Villepin, secrétaire général de l'Elysée en 1995, avait confirmé l'arrêt des versements, sans y voir de rapport avec l'attentat en raison du temps écoulé.

Léotard, qui était en première ligne pour négocier le contrat franco-pakistanais Agosta en 1994, a également impliqué le ministère du Budget, occupé en 1994 par Nicolas Sarkozy. "Il avait un représentant à chaque réunion" consacrée à ce contrat de vente de sous-marins au Pakistan, ajoute-t-il.

Deux intermédiaires libanais

Le texte de la déposition de François Léotard n'a pas été annexé au rapport officiel de la mission d'information parlementaire publié au printemps. De plus, le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a refusé de remettre les procès-verbaux d'audition au juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic, en invoquant le principe de séparation des pouvoirs. Un député communiste, qui a siégé dans la mission, a cependant pris l'initiative de remettre tous les procès-verbaux, dont celui de l'audition Léotard, au juge.

L'argent des commissions passait par une société créée au Luxembourg avec, selon un rapport de police luxembourgeois rendu début 2010, l'aval d'Edouard Balladur et de Nicolas Sarkozy. Ce dernier conteste le rôle qui lui est prêté. Ce circuit financier interrompu passait par deux intermédiaires libanais, Ziad Takieddine et Abdul Rahman El Assir, qui s'étaient vu promettre 33 millions d'euros. Plusieurs témoignages ont fait état de juteuses commissions qui leur étaient promises.

Léotard a reconnu que son cabinet avait traité avec les deux intermédiaires, impliquant même Donnedieu de Vabres et Hervé Morin. L'ancien ministre de la Défense a nié et protesté sur France Info vendredi, menaçant François Léotard de poursuites. "S'il venait à réitérer les mêmes déclarations, je demanderais les éléments de preuve et je porterais plainte dans la seconde", a-t-il dit. Donnedieu de Vabres avait pour sa part démenti le 29 novembre dans la Nouvelle République du Centre-Ouest avoir "négocié" le contrat Agosta.