Ségolène Royal en Laponie : retour sur une opération communication

Entre un rendez-vous avec le président finlandais et une course en chiens de traîneau, Ségolène Royal a choisi le traîneau en novembre 2017. La cellule investigation de Radio France revient sur un voyage en Laponie qui avait tout d'un joli coup de communication.

Ségolène Royal fait la couverture de Paris Match, en novembre 2017.
Ségolène Royal fait la couverture de Paris Match, en novembre 2017. (PARIS MATCH)

Début novembre 2017. Cela fait trois mois que Ségolène Royal est entrée dans ses nouvelles fonctions d'ambassadrice chargée de la négociation internationale des pôles arctique et antarctique. L'ancienne ministre de l'Environnement doit prendre la parole à la tribune de la conférence Arctic Spirit, l'un de ces forums informels qui réunit tous les deux ans les décideurs du Grand Nord de la planète. 

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C'est la suite du voyage qui va causer quelques soucis à l'ambassadeur de France en Finlande, Serge Tomasi. Ségolène Royal lui fait savoir qu’elle veut faire du chien de traîneau. Problème : nous sommes en novembre, la météo est encore "clémente". Dans un mail que nous avons pu lire, l'ambassadeur explique à l'équipe de Ségolène Royal que les conditions ne sont pas réunies et propose d’autres options.

"On ne pouvait pas refuser ce genre d’exigence à une ancienne ministre"

Mais il semble que l'ambassadrice n'en démord pas. Le diplomate contacte alors un Français, Gilles Elkaim, qui s'est installé à quelques kilomètres d'Ivalo, tout au nord de la Finlande. Cet explorateur de haut vol a réussi l'exploit de traverser le continent eurasien de la Norvège au détroit de Bering en quatre ans, en kayak et traineau à chiens. Il est installé en Laponie depuis une quinzaine d’années où il officie comme musher (conducteur de traîneau à chiens). Deux ans après, il n'a pas oublié le coup de fil de Serge Tomasi. "Au début j'avais dit non, raconte-t-il à la cellule investigation de Radio France, au téléphone, dans sa cabane d'Ivalo. Les conditions n'étaient pas réunies, la glace sur le lac ne semblait pas assez solide, je ne voulais pas y aller. Et puis l'ambassadeur a été courtois, très cordial, mais vraiment insistant. Et comme il avait l'air très ennuyé, je me suis dit : je vais essayer de l'aider. En fait, j'ai compris qu'on ne pouvait pas refuser ce genre d'exigence à une ancienne ministre, du moins c'est ce que l'ambassadeur m'a expliqué."

Si Ségolène Royal semble tenir autant aux chiens de traîneau, c'est qu'elle ne vient pas seule en Finlande. Elle est accompagnée d'un journaliste de Paris Match et de son photographe. Dans un autre mail que nous avons pu consulter, l'ambassadeur de France lui propose après son intervention à Arctic Spirit, de rencontrer le président de la République finlandaise. Mais Ségolène Royal refuse. Tout comme elle avait décliné la proposition de l'ambassade de France au Danemark de rencontrer le parlement local du Groenland un mois plus tôt : "Mieux vaut envisager la ville du fjord glacé et la cabane de Paul-Émile Victor (…) on pourra voir les autorités à une autre occasion", leur avait-elle répondu. L’ambassadrice avait alors choisi de partir au Groenland plutôt qu’assister à la réunion du Conseil de l’Arctique qui se tenait au même moment.

La conférence terminée, le chauffeur de l'ambassade de France en Finlande la conduit donc sur plusieurs centaines de kilomètres vers le nord. L'objectif annoncé : toucher au plus près la réalité des régions polaires. Paris Match écrira quelques jours plus tard : "Lorsqu'elle a pris ses fonctions, en septembre, les Norvégiens lui ont donné ce conseil : 'Ne faites pas comme Michel Rocard.' Visionnaire, son prédécesseur aimait parler. Beaucoup. Elle glisse : 'Moi, je préfère le terrain.'" 

"Je n’ai jamais pu parler avec elle des problèmes de l’Arctique"

Le premier contact avec Gilles Elkaim va néanmoins être glacial. "Elle était contrariée parce qu'il n'y avait qu'un seul traîneau. Elle en voulait un deuxième pour le photographe", se souvient-il. L'ambassadrice s'habille alors avec les vêtements techniques de l’explorateur adaptés au froid polaire. "Elle a juste refusé la chapka", se rappelle le musher, qui tente une explication : "Peut-être avait-elle senti qu'elle pouvait s'attirer les foudres des défenseurs de animaux avec une toque en fourrure sur la tête." À moins que ce ne soit le souvenir de François Hollande, risée des réseaux sociaux à cause d'un cadeau du président du Kazakhstan.

"Bon, il fallait faire les photos, on sentait bien que c’était très important", poursuit Gilles Elkaim qui reconnaît pourtant que "l’atmosphère s’est plutôt détendue dès qu’on était éloignés des journalistes. Je pense qu’elle était sincère quand elle disait qu’elle appréciait beaucoup le calme, les chiens et le paysage." Après la séance de photos, tout le monde rentre dans le kota du Français, sorte de tipi lapon, pour manger avec plus ou moins de bonheur une saucisse de renne cuite sur un pic plongé dans le feu.

L’explorateur garde un regret de cette journée : "Je pense que ce n’était pas dans ses plans de venir parler d’environnement avec moi, déplore-t-il. Ça n’a pas été faute de lancer la conversation sur le sujet, mais je n’ai jamais pu parler avec elle des problèmes de l’arctique, et dieu sait s’il y en a actuellement." Gilles Elkaim aurait aimé raconter à l’ambassadrice ses démêlées avec les autorités norvégiennes quelques mois plus tôt, dans l’archipel du Svalbard. L’ex-ministre ne semblait pas disposée à l’écouter d’après lui. Il en a donc parlé avec les journalistes de Paris Match. "Je m’attendais à ce que ce soit une opération de communication. Et ça l’a été !" conclue-t-il dans un grand éclat de rire. Une opération réussie apparemment : quelques jours plus tard, Ségolène Royal fera la Une de Paris Match en compagnie d’un des chiens de Gilles Elkaim.

Nous avons contacté Ségolène Royal trois semaines avant la publication de cet article et lui avons proposé à plusieurs reprises de la rencontrer. N’ayant aucune réponse de sa part, nous lui avons envoyé une liste de questions précises, factuelles et détaillées. Elle nous a répondu en nous envoyant ce message : "Je ne vois pas de quoi vous parlez. Vos insinuations sont diffamatoires."