Sarkozy et le sondage sur DSK : ce que les enregistrements de Buisson révèlent

Mediapart livre de nouveaux extraits d'enregistrements clandestins de l'ancien conseiller de l'ex-président. Selon ces passages, ce dernier aurait fait payer par l'Elysée une enquête sur son rival de l'époque.

Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn sur le perron de l\'Elysée, le 17 novembre 2010.
Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn sur le perron de l'Elysée, le 17 novembre 2010. ( MAXPPP)

C'est un nouvel épisode dans l'affaire des enregistrements clandestins de Patrick Buisson. Selon des extraits que révèle le site Mediapart, mercredi 9 avril, Nicolas Sarkozy aurait utilisé les moyens de l'Elysée pour commander, en février 2011, un sondage sur son rival de l'époque, Dominique Strauss-Kahn.

Francetv info fait le point sur ces nouvelles révélations.

D'où provient ce nouvel enregistrement ?

Le document dévoilé par Mediapart serait la retranscription d'un enregistrement réalisé le 26 février 2011. Le conseiller du chef de l'Etat Patrick Buisson est alors en voiture sur la route du pavillon de la Lanterne, à Versailles (Yvelines), où doit se tenir une réunion stratégique entre Nicolas Sarkozy et ses plus proches collaborateurs. Avec lui à l'aller Franck Louvrier, conseiller communication du président. Au retour, Jean-Michel Goudard, conseiller stratégie du chef de l'Etat.

Patrick Buisson évoque alors un "sondage qu'on a fait sur DSK", "qu'on a fait pour l'Elysée". Selon Mediapart, l'enquête porte sur le passage au 20 heures de France 2 du socialiste, à l'époque patron du Fonds monétaire international et considéré comme un sérieux rival de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012.

Quelles sont les conclusions de ce sondage ?

"Il y a une palanquée de questions", détaille Patrick Buisson. Sur certaines d'entre elles, "DSK a été jugé convaincant, mais tout juste tout juste". Selon Buisson, celui qui semble alors le mieux placé pour être le candidat du PS en 2012 a été "jugé arrogant", "pas proche des problèmes des Français".

"C'est pas bon" pour DSK, commente Patrick Buisson, qui ajoute que le patron du FMI "n'existe que par les faiblesses de Nicolas". "On ne peut pas le dire à Nicolas comme ça, mais c'est la réalité", dit-il à Franck Louvrier. Plus loin dans l'enregistrement, Patrick Buisson confie à Jean-Michel Goudard : "Je sais pas si t’as vu l’enquête qu’on a fait faire [mais] le passage de DSK n'entraîne pas l’adhésion enthousiaste des foules."

Pourquoi peut-il gêner Nicolas Sarkozy ?

Depuis plusieurs mois, la justice enquête sur l'affaire dite des sondages de l'Elysée, à la suite de deux plaintes déposées par l'association Anticor. Le juge d'instruction parisien Serge Tournaire enquête sur la régularité des marchés conclus de 2007 à 2012 entre l'Elysée et neuf instituts de sondage. Le magistrat s'interroge sur d'éventuels faits de "favoritisme", "détournements de fonds publics", et de complicité et recel de ces délits. 

D'après Mediapart, ce nouvel enregistrement montrerait que l'Elysée a réalisé un sondage non pas dans l'intérêt du chef de l'Etat, mais dans celui du "candidat Nicolas Sarkozy, déjà en lice pour sa réélection". Le sondage sur DSK, doublé de questions sur l'islam, aurait été facturé 11 960 euros par OpinionWay, explique le site internet. Interrogé, le directeur général adjoint de l'institut se défend : "Comme prestataire, je n’ai pas à juger de la compatibilité d’un sondage avec la fonction présidentielle. J’ai une commande, je la réalise."