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Remaniement : ces défis qui attendent Gabriel Attal, nouveau ministre de l'Éducation nationale

L'ancien porte-parole du gouvernement et ministre délégué chargé des Comptes publics prend la suite de Pap Ndiaye à la tête de l'Éducation nationale. Gabriel Attal va notamment devoir plancher sur le manque d'attractivité du métier d'enseignant et faire plus contre le harcèlement à l'école.
Article rédigé par Noémie Bonnin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Gabriel Attal, nouveau ministre de l'Education nationale, lors de la passation de pouvoir avec son prédécesseur Pap Ndiaye, le 20 juillet 2023. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Il entre tout simplement dans l'Histoire : Gabriel Attal est devenu le plus jeune ministre de l'Éducation nationale de la Ve République. À 34 ans, l'ancien porte-parole du gouvernement et ministre délégué chargé des Comptes publics est l'un des grands gagnants du remaniement ministériel. Il remplace donc Pap Ndiaye, qui n'aura pas réussi à s'imposer à la tête du ministère de l'Éducation nationale. Lors de la passation de pouvoir, ce dernier a reconnu avoir vécu "l'année la plus intense et la plus âpre" de son existence... glissant au passage que "Le temps de l'école n'est pas celui de l'information continue et des réseaux sociaux, des réactions épidermiques, des indignations surjouées, et des petites phrases qui claquent".

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À 34 ans, Gabriel Attal poursuit donc son ascension, et l'exécutif a fait le choix d'un fidèle d'Emmanuel Macron, avec un profil beaucoup plus politique que son prédécesseur. Reste que les chantiers qui l'attendent rue de Grenelle sont nombreux, d'autant que la rentrée se profile dans à peine plus d'un mois. Tour d'horizon avec franceinfo.

Attirer de nouveau vers le métier d'enseignant

Le chantier de l'attractivité du métier est prioritaire. Gabriel Attal devra répondre à la crise des recrutements. Plus de 3 000 postes n'ont pas été pourvus cette année aux concours. En mai 2023, le syndicat SNUipp-FSU dénonçait les faibles salaires et les conditions de travail dégradées, et prédisait un millier de postes vacants en septembre, malgré une petite augmentation à partir de la rentrée pour tous les enseignants, avec un salaire minimum de 2 000 euros nets par mois pour les débutants.

D'ailleurs, dès sa prise de parole dans son nouveau ministère, il a voulu éteindre tout début de polémique. Celui qui a fait sa scolarité dans la huppée École alsacienne à Paris avant d'être diplômé de Sciences Po a également choisi de déminer deux reproches dès son entrée en fonction : son jeune âge et son passage dans cette école privée ultra-élitiste. "On peut avoir 34 ans et de lourdes responsabilités. Un professeur sur trois a moins de 40 ans", a-t-il mis en avant, avant de glisser, "Oui, j'ai été à l'école privée. Je n'ai pas à renier et à m'excuser", a-t-il ajouté appelant à ne "pas critiquer les parents qui font ce choix".  

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Il y a aussi la partie Pacte, beaucoup plus polémique : une prime en échange de travail en plus. Dans les collèges et les lycées, les missions prioritaires, ce sera le remplacement de courte durée : si le prof de maths est absent, le prof d'anglais, par exemple, prend cette heure de cours pour avancer sa matière. Cela va nécessiter une grosse organisation dans les établissements scolaires, surtout que les syndicats critiquent fortement ce dispositif. C'est cependant un enjeu très important : chaque année, les élèves perdent énormément d'heures, à cause d'absences non remplacées. "Ce sera ma priorité", a affirmé Gabriel Attal lors de la passation de pouvoir. 

Réaffirmer l'autorité à l'école, lutter contre le harcèlement scolaire

Pendant la passation de pouvoir avec Pap Ndiaye, le nouveau ministre de l'Éducation nationale a évoqué l'autorité. "Il faut en revenir à des choses simples", a déclaré Gabriel Attal : "le respect du professeur et de son autorité, la maîtrise des savoirs fondamentaux, et le respect de la laïcité". Cette ligne est celle développée par Emmanuel Macron, notamment depuis les émeutes qui ont marqué la France pendant plusieurs nuits fin juin-début juillet, après la mort du jeune Nahel dans un contrôle policier à Nanterre.

Avancer sur la problématique du harcèlement est aussi un défi très important. Pap Ndiaye l'a compris malheureusement trop tard, après le drame du suicide de la jeune Lindsay. Élisabeth Borne a elle-même affirmé que cette question serait une priorité de la prochaine rentrée, il faut maintenant voir comment ces mots vont se concrétiser.

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La refonte du bac en attente

Gabriel Attal va aussi devoir retoucher l'organisation du bac, réformer en quelque sorte la réforme mise en œuvre par Jean-Michel Blanquer, dont il a été le secrétaire d'État. Les syndicats enseignants craignent d'ailleurs un retour à l'ère Blanquer, qu'ils n'ont pas particulièrement appréciée. Le ministre de l'Éducation nationale sortant, Pap Ndiaye, l'a lui-même reconnu : avec les épreuves de spécialité en mars, le 3e trimestre a été difficile dans les lycées, avec pas mal d'absentéisme, de relâchement. Une mission a été confiée à un ancien recteur, qui devait rendre ses conclusions avant la rentrée. Gabriel Attal va devoir reprendre ce dossier à son compte.

Les syndicats enseignants attendent quelqu'un qui pourra porter les dossiers, écouter le terrain et défendre les personnels, auprès d'Emmanuel Macron. "Gabriel Attal arrive à un moment décisif pour l'avenir de notre école", a réagi le 20 juillet sur franceinfo la secrétaire générale du syndicat SNES-FSU, Sophie Vénétitay. On verra à la rentrée la marge de manœuvre réelle que le plus jeune ministre de l'Education nationale dans la 5e République pourra concrètement se dégager. 

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