Les habitants de Nouvelle-Calédonie ont dit "non" à l'indépendance : 5 choses à retenir sur le référendum de dimanche

Le "non" est arrivé en tête de la consultation avec 56,4% des voix contre 43,60% pour le "oui". La participation a été massive, puisqu'elle a atteint 80% des électeurs inscrits.

Des indépendantistes calédoniens à Nouméa, le 30 octobre 2018.
Des indépendantistes calédoniens à Nouméa, le 30 octobre 2018. (THEO ROUBY / AFP)

"Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?" Vingt ans après la signature de l'accord de Nouméa, la Nouvelle-Calédonie s'est prononcée, dimanche 4 novembre, par référendum sur son autodétermination, étape majeure du processus de décolonisation de cette collectivité territoriale du Pacifique Sud contrôlée par la France depuis 1853. Selon les résultats officiels, le "non" à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie l'a emporté avec 56,4% des voix exprimées.

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1Une nette victoire du "non"

Selon des résultats définitifs, le "non" à l'indépendance l'emporte avec 56,4% des voix contre 43,6% pour le "oui", a indiqué le Haut-Commissariat.

Dans le détail, la province Nord de la Grande Terre (40 000 électeurs inscrits) a largement voté "oui" à l'indépendance avec 76,98% des voix contre 23,03% des voix pour le "non", selon les chiffres du Haut-Commissariat. La province des îles (22 200 électeurs inscrits) a elle aussi voté "oui" à l'indépendance, avec 82,18% des voix.

En revanche, 73,7% des électeurs ont voté pour le "non" à l'indépendance dans la province Sud (112 000 électeurs inscrits). Cette province (où se situe Nouméa) est deux fois plus peuplée que la province Nord et la province des îles réunies. Ce qui explique que le "non" l'emporte largement au final sur tout l'archipel.

2Une très forte mobilisation

Avec un taux de 80,63%, la participation pour ce scrutin est largement supérieure à celle enregistrée pour les élections provinciales en 2014 (58,19%). "C'est une participation qui montre que la démocratie fonctionne bien, commente le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, depuis Nouméa, à franceinfo. "Il faut remonter aux premières années de la Ve République pour trouver un chiffre comparable, la consultation pour la Constitution de 1958 et le référendum sur la régionalisation en 1969 qui a conduit à la démission de De Gaulle."

3Des heurts près de bureaux de vote à Nouméa

Plusieurs voitures ont été brûlées en Nouvelle-Calédonie dimanche soir, en marge de la clôture du référendum sur l'indépendance, rapporte le Haut-commissariat. Les sept voitures ont été incendiées dans le quartier populaire de Montravel, au nord de Nouméa.

Le quotidien Les Nouvelles calédoniennes évoque également une voiture brûlée dans le quartier de Rivière-Salée, dans les quartiers nord de Nouméa. Le Haut-Commissariat a fait état également de "deux faits de caillassage", sans préciser le lieu, mais "rien de significatif".

4Un résultat un peu plus serré que ce qu'annonçaient les sondages

La victoire du "non" à l'indépendance n'est pas une surprise, même si le résultat est plus serré que ce que prévoyaient les sondages. Un sondage publié début octobre par Nouvelle-Calédonie la 1ère donnait le "non" largement vainqueur avec 66% des voix. "Le résultat du vote est conforme aux équilibres politiques que l'on connaît sur l'île depuis trente ans, explique Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste à franceinfo. A chaque élection, en particulier aux élections provinciales, on a un équilibre de 60% contre 40% entre les loyalistes et indépendantistes."

Globalement, la majorité des électeurs indépendantistes sont les Kanaks, le peuple autochtone de l'archipel. Or, s'ils représentent la plus grande communauté du territoire (39% des habitants), ils ne sont pas assez nombreux pour faire basculer le scrutin. "Il y a de nombreuses autres communautés, européennes, asiatiques, métisses qui ont voté lors de cette consultation, rappelle Jean-Philippe Derosier.

La répartition géographique du vote montre que les résultats sont conformes à l'organisation du territoire. "La province Sud avec Nouméa est traditionnellement contre l'indépendance et c'est aussi la province la plus habitée avec le plus d'habitants non-Kanaks, reprend le spécialiste. La province Nord et les îles Loyauté ont majoritairement voté pour l'indépendance, mais ce sont des territoires moins peuplés, avec la plus grande population kanake."

Capture écran de la carte sur le référendum en Nouvelle-Calédonie.
Capture écran de la carte sur le référendum en Nouvelle-Calédonie. (FRANCEINFO)

5Un "non" pas forcément définitif

Malgré ce résultat, la question de l'indépendance n'est pas close. Comme le prévoit l'accord de Nouméa signé en 1988, deux autres consultations sur l'indépendance sont possibles dans les quatre prochaines années. Des élections provinciales sont maintenues pour mai 2019. Si un tiers des membres du nouveau congrès (assemblée calédonienne) élu demandent un deuxième référendum, cette consultation devra être organisée dans les dix-huit mois suivants, reprend le HuffPost

"Au plan politique, il n'y a pas d'autre chemin que celui du dialogue. Le gouvernement proposera aux forces politiques de Nouvelle-Calédonie de se réunir dans les prochaines semaines", a précisé Emmanuel Macron, lors d'une allocution pesée où il a insisté sur le destin commun des Calédoniens et la paix civile. Le Premier ministre est d'ailleurs attendu, lundi, à Nouméa pour poursuivre les discussions avec les acteurs politiques locaux. 

"Le 'oui' est un acquis sur lequel nous allons continuer à bâtir", a déclaré pour sa part Gérard Reignier, directeur de campagne du parti kanak FLNKS. Pour Aloisio Sako, président du Rassemblement démocratique océanien (RDO), les résultats montrent que les indépendantistes "se sont réveillés et qu'on est à deux doigts de la victoire". "Il nous reste deux référendums", a-t-il réagi. "Le peuple calédonien a enfin compris que l'indépendance n'est pas un épouvantail, l'indépendance est viable."