Rama Yade mène une campagne difficile dans la 2 ème circonscription des Hauts-de-Seine

Rama Yade est candidate dans la deuxième circonscription des Hauts-de-Seine sous les couleurs du Parti radical. Un combat électoral difficile mais qui peut lui permettre de changer d'image au-delà même du résultat.

Rama Yade (Parti radical).
Rama Yade (Parti radical). (PIERRE VERDY / AFP)

Rama Yade est candidate dans la deuxième circonscription des Hauts-de-Seine sous les couleurs du Parti radical. Un combat électoral difficile mais qui peut lui permettre de changer d'image au-delà même du résultat.

Direction le Tapis Rouge. Pas celui de Cannes, mais de Colombes du nom d'une salle de réunion de la ville. Rama Yade y lançait sa campagne législative dans la 2 ème circonscription des Hauts-de-Seine, la semaine dernière.

Retour aux sources

Devant une audience d'un peu moins de 100 personnes, l'ancienne ministre peut mesurer le chemin parcouru depuis 5 ans, elle qui a commencé sa vie politique et médiatique lors de la campagne de 2007 à l'occasion d'un grand meeting à la Mutualité en compagnie de Nicolas Sarkozy.

Pas vraiment un retour à la case départ, mais un chemin pris en sens inverse des aiguilles de la montre politique. Comme si l'on passait de la Rolex à une Swatch au poignet. "Député, ce n'est pas un tremplin pour moi. J'ai déjà été ministre à 30 ans. D'autres espèrent devenir député pour ensuite être ministre. Je n'ai pas ce genre de frustration là", explique Mme Yade.

A la tribune, elle développe son programme pour la circonscription de Colombes et d'Asnières. Elle évoque le thème de l'éducation mais aussi celui de la sécurité. Une bijouterie a été braquée la veille à Asnières. Elle se présente en femme d'expérience, rappelant ses fonctions ministèrielles, et en figure du renouvellement.

Elle ne manque pas de rappeler sa jeunesse passée à Colombes avec force noms de rues et de quartiers. "Ceux qui pensent qu'être nommée me suffit, se trompent. Je veux m'ancrer dans un territoire", précise la conseillère municipale d'opposition de la ville

Si elle a beaucoup varié de stratégies politiques ces derniers mois, au risque d'être taxée d'opportuniste, elle est toujours restée fidèle à ce désir : devenir une élue de Colombes à l'Assemblée nationale. Elle a successivement refusé une place de député européen en 2009 et la tête de liste dans la Val d'Oise aux élections régionales de 2010.

Vive tension avec le candidat UMP

Pour les législatives, elle avait le choix entre la première circonscription du 92, celle de Colombes Nord, où le député communiste sortant est fortement implanté et celle de Colombes sud. Elle a longtemps espéré y obtenir l'investiture UMP à la place du député sortant Manuel Aeschlimann, condamné à un an d'inégibilité dans une affaire judiciaire.

A défaut, elle part donc sous les couleurs du Parti radical, a qui elle versera le financement public obtenu par sa candidature. Mardi, lors d'une conférence de presse, le MoDem annonçait qu'il la soutenait sous son étiquette "Le Centre pour la France". En l'acceptant, Mme Yade a obtenu qu'il n'y ait pas de candidat MoDem face à elle, mais sur le marché d'Asnières, elle ne met trop ce soutien en avant et se positionne de façon claire à droite.

Manuel Aeschlimann, candidat UMP
Manuel Aeschlimann, candidat UMP (MARTIN BUREAU)

Sur le marché justement, Mme Yade et M. Aeschlimann s'évitent soigneusement et ne se serrent pas la main. Entre ces deux-là, la campagne est particulièrement tendue. "Mon adversaire est le candidat socialiste mais Rama Yade est un facteur de division. Elle trouble le jeu et l'avantage", explique le candidat UMP. "Elle est une épine dans le pied. Je ne suis pas obsédé par elle mais on regarde quand même ce qu'elle fait", précise-t-il hors micro.

Sur son tract de campagne, la vice-présidente du Parti radical, charge son adversaire UMP, évoquant tour à tour, sa condamnation en justice, son absentéisme à l'Assemblée et la nature des clients qu'il défend dans son métier d'avocat.

M. Aeschlimann réplique en parlant de Mme Yade comme d'une "autoparachutée", ne manquant pas de rappeler que la domiciliation à Colombes de l'ancienne ministre n'a pas été validée par le tribunal et qu'elle est inscrite sur les listes électorales à Paris.

Sur son document de campagne, la candidate radicale revient sur cette affaire et accuse les candidats UMP et PS et de manipulation.

La circonscription peut basculer à gauche

Le candidat PS est le maire d'Asnières, professeur d'une trentaines d'années en pleine ascension politique locale. Sébastien Pietrasenta renvoie les deux candidats de droite dos à dos. "Ils appartiennent tout les deux au clan Sarkozy", résume-t-il lapidairement.

Sébastien Pietrasenta, au centre, candidat socialiste
Sébastien Pietrasenta, au centre, candidat socialiste (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Sinon, il développe l'argument type de tout candidat socialiste : "je travaille sur un projet pour donner une large majorité au président Hollande". Dans cette circonscription plutôt de droite, le candidat socialiste est arrivé en tête. A cet élan présidentiel, s'ajoute la dynamique locale. Colombes et Asnières ont été gagnées par la gauche aux municipales de 2008. Ca, plus la division de la droite, la circonscription peut basculer le 17 juin prochain.

Avant ce premier tour, il est très difficile de jauger le score de Mme Yade. Elle n'a pas l'implantation et les réseaux locaux de ces adversaires mais elle possède une envergure politique et médiatique qu'ils n'ont pas.

Sur le marché, les gens la reconnaissent et viennent la saluer. Sourire qui s'estompe, un peu, quand un homme s'adresse à elle. "Comment avez-vous pu participer à un gouvernement raciste pendant cinq ans ?", lui assène-t-il sans ménagement. Mme Yade tourne les talons sèchement. "C'est tellement caricatural que je ne vous réponds pas", se contente-t-elle de dire.

En cinq ans, l'ancienne coqueluche de l'ouverture de 2007 a parcouru du chemin. A très grand vitesse, si bien qu'elle a laissé peut-être un peu de monde en route.