Cet article date de plus d'onze ans.

Quand François Hollande cite Shakespeare... mais l'autre Shakespeare

Le candidat PS à l'élection présidentielle a commis une bourde littéraire dans son grand meeting du Bourget dimanche. Voulant faire une citation dans son discours, il a choisi Shakespeare. Le problème, c'est qu'il ne s'agissait pas de William, auteur dramatique du XVIème siècle, mais de Nicholas, journaliste britannique au Daily Telegraph.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Franceinfo (Franceinfo)

Etre pris pour un immense génie littéraire, n'est-ce pas au fond le rêve caché de tout journaliste ? Un de nos confrères - à présent intensément jalousé dans les rédactions - a eu cette chance, pendant quelques secondes, dimanche dernier au Bourget.

Le vieil aéroport parisien accueille ce jour-là des centaines de socialistes échauffés. Ils sont là pour soutenir le premier grand discours de leur candidat à l'élection présidentielle, François Hollande. C'est l'acte fondateur de la campagne, celui qui doit le mettre en orbite pour l'Elysée. Quoi de mieux, pour s'élever vers ces hautes sphères mystérieuses, qu'une belle citation : "Ils ont échoué parce qu'ils n'ont pas commencé par le rêve ", lance donc François Hollande à sa foule en délire. Et de préciser qu'il cite Shakespeare.

Perplexité sur les bancs de la presse, qui cherche d'où est tirée la citation. Egale perplexité des "shakespearologues", qui connaissent par coeur l'oeuvre du génie de Straford-upon-Avon. Un homme a la réponse. Et pour cause, cette phrase est de lui, c'est du moins ce qu'il affirme. Il s'appelle Shakespeare. Nicholas Shakespeare.

"Je n'en croyais pas mes yeux..."

Le lecteur au fait de sa perspicacité aura noté que :

  • Nicholas Shakespeare ne s'appelle pas William. Or, le dramaturge, lui, s'appelle William. Ce qui constitue une première présomption.

  • William Shakespeare est mort en 1616. Comment dès lors expliquer qu'il puisse prendre la parole aujourd'hui pour déclarer : "Je n'en croyais pas mes yeux quand j'ai vu que le candidat français à l'élection présidentielle me citait ". Deuxième indice.

  • Enfin, William Shakespeare est dramaturge. Or, Nicholas Shakespeare a avoué devant témoins qu'il était journaliste. Critique littéraire au Daily Telegraph, plus précisément.

Tout ceci doit conduire l'enquête à sa conclusion : si Nicholas Shakespeare dit vrai, il y a erreur, maldonne, bourde, gaffe. L'auteur du discours de François Hollande aura cherché trop vite.

A la décharge du gaffeur présumé, il existe des points communs entre les deux Shakespeare : ils ont tous deux écrit des livres. Nicholas est romancier en plus d'être journaliste et c'est de l'un de ses ouvrages, "The vision of Elena Silves" que serait tirée la citation. Et ils sont tous les deux de la même famille, Nicholas étant un lointain descendant de William.

Mais l'erreur étant humaine et assez largement répandue, François Hollande pardonnera peut-être la gaffe. A moins qu'il ne pense qu'il s'agit d'un coup monté. Après tout, la traduction française de Nicholas est... Nicolas.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Politique

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.